Twin Peaks (le film)

Un prequel, dans tous les sens du terme. Sorti il y a tout juste 25 ans, Twin Peak: les sept derniers jours de Laura Palmer ne constitue pas seulement une plongée ténébreuse dans la vie antérieure de sa fatale héroïne avant qu’elle ne disparaisse, point de départ d’une série-culte à laquelle son géniteur vient de rajouter une nouvelle saison. Dans sa mise en scène envoûtante et sa mécanique labyrinthique, le film anticipe également Lost Highway, Mullholland Drive et Inland Empire, autrement dit la triade magique de David Lynch.

On est certes, ici, dans le registre du précipité. Deux mises à mort et non pas une seule puisque la descente aux enfers de Laura Palmer fait écho à la découverte d’un autre cadavre de jeune femme dans une ville beaucoup moins colorée que Twin Peaks. À peine un premier détective découvre-t-il un « T » imprimé sous l’ongle de la victime qu’il disparait, non sans avoir déniché une mystérieuse bague verte. L’intermède qui suit voit surgir un David Bowie aussi fugace qu’indéchiffrable en agent du FBI lui aussi disparu, puis direction Twin Peaks où Laura Palmer, pimbêche de fac le jour et garce défroquée la nuit, se laisse peu à peu dévorer par un terrifiant fantôme hippie, double maléfique de son père incestueux qui fait la boucle avec la première victime.

Une rose bleue, un cheval blanc, un nain inquiétant devisant à l’envers devant une table en formica ou encore un ange qui disparait d’un tableau… Lors de sa présentation à Cannes, le film se fait descendre. « Amener avec soi son décodeur », préconise Pierre Murat, de Télérama. Les années passant, qu’importe le décodeur ! En semant des indices sans forcément tous les décrypter, Lynch est devenu le maestro de tous les étourdissements. La BO d‘Angelo Badalamenti tient elle aussi de l’aquarelle incertaine entre pop lacrymale, synthés lascifs et jazz gothique.

« Si on te jetait dans le vide, crois-tu que tu irais de plus en plus lentement ou de plus en plus vite? » Et Laura de répondre à son amie:  « De plus en plus vite, à tel point qu’à un moment, je prendrai feu et que les anges ne pourront plus me voir »… D’un rideau rouge à l’autre, David Lynch n’a guère cessé, après Twin Peaks, d’appliquer ce credo et d’aller plus loin encore dans les dédoublements et les dérèglements, immergeant le glamour hollywoodien en apnée dans Mulholland Drive avant de disjoncter toute texture romanesque dans Inland Empire. De quoi ramener à ses justes proportions, peut-être, l’enthousiasme de Jacques Rivette pour ce qu’il qualifiait à l’époque de « film le plus fou du cinéma » tout en succombant déjà aux vertiges de la « Lynchomania »

Twin Peaks: Fire Walk with Me/Les sept derniers jours de Laura Palmer, David Lynch, reprise en salles dans une version restaurée.




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