France Allemagne(s), 1870-1871

De tous les France-Allemagne, c’est le match le moins connu. 1870-1871: Bismark prend prétexte d’une obscure querelle autour du trône d’Espagne pour prendre les Français en grippe et bombarder Paris. Le chancelier prussien s’offre même le luxe de faire défiler ses troupes sur les Champs-Elysées, puis il file proclamer la naissance de l’Allemagne à Versailles. « L’année terrible », écrira Victor Hugo, en y intégrant évidemment l’épopée de la Commune et la Semaine Sanglante.

Unification germanique, installation de la République en France… L’exposition que consacre le Musée de l’Armée des Invalides à cette période-clé de l’histoire européenne remplit bien des vides dans les manuels scolaires. Comment comprendre, de fait, les deux guerres du siècle suivant sans revenir à ces années-là? On en suit en tout cas les épisodes avec intérêt et parfois surprise: Napoléon III, par exemple, qui invoque la « Grande Révolution » lorsqu’il mobilise les Français… Ce même Napoléon III dont il est discrètement précisé qu’il a été fait prisonnier à Sedan lorsque l’opinion est informée de la défaite.

Le militarisme prussien dont Hitler, plus tard, allait entretenir tous les clichés, obéit lui aussi à plusieurs logiques de représentation. Dans certains tableaux peints outre-Rhin, on voit des soldats non pas triomphants mais harassés. Sur une autre toile montrant le départ vers le front du roi de Prusse, voilà que son épouse francophile, assise à côté de lui dans la calèche royale, essuie ses larmes dans un mouchoir. La sale guerre, vraiment… Jusqu’aux champs de bataille du Val-de-Marne (Champigny, Villiers, Villejuif…) où l’armée française tenta en vain de percer les lignes allemandes qui encerclaient la capitale.

La Commune est rapidement expédiée. Un lieu comme les Invalides, ceci étant, ne se prête pas forcément à l’exaltation révolutionnaire. L’exposition prend cependant le soin d’articuler la fièvre patriotique née de l’humiliation de la défaite et la soif d’utopie qui entraînèrent le soulèvement des Parisiens. Le tout sur fond de tensions sociales persistantes bien avant la Commune. À noter également une illustration saisissante sur l’avancée des Versaillais de Thiers, arrondissement par arrondissement. Et puis cette phrase, en bas d’un panneau explicatif, qui nous apprend que les victimes de la Commune ne furent officiellement réhabilitées qu’en novembre 2016 (!!!) au travers d’une résolution votée par l’Assemblée nationale…

France Allemagne(s), 1870-1871: la guerre, la Commune, les mémoires, Musée de l’Armée des Invalides, à Paris, jusqu’au 30 juillet.




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