L’Amant double

Critique en chef du Parisien, Pierre Vavasseur est persuadé que François Ozon déteste les femmes. Pour preuve, il ne cesse, film après film, « de les débarrasser de la grâce et de l’amour qu’elles sont en droit d’inspirer »

Libre à notre confrère de pimenter sa libido personnelle de tout le halo de « grâce » requis. Si on considère, en revanche, que le mystère, l’altérité, la mélancolie et un certain brin de folie correspondent mieux à notre idéal féminin, alors François Ozon en offre au contraire un miroir gorgé d’éclats.

Que de reflets, d’ailleurs, et autres motifs en spirale autour de Chloé (Marina Vacth féline à souhait, même lorsqu’on lui coupe les cheveux…), remuée par on ne sait quelle névrose au creux -ou au fond- du ventre, jusqu’à s’offrir une thérapie bien dangereuse. Déjà qu’il n’est pas très conseillé de tomber dans les bras de son psy (Jérémie Renier), si en plus on folâtre avec son diabolique frère jumeau…

Aux antipodes de Frantz et de sa délicatesse patinée malgré tout d’une certaine froideur, Ozon se fait d’abord plaisir dans ce thriller érotico-psychologique hanté par des fantasmes inassouvis, des voisines inquiétantes (Myriam Boyer au top !!!) et des gémellités cannibales. Déroulant des méandres de psyché féminine qui n’ont rien de méprisable, n’en déplaise à Pierre Vavasseur, le réalisateur déploie surtout une virtuosité de tous les instants, lorgnant à la fois vers Hitchcock et De Palma, sans oublier le Orson Welles de La Dame de Shanghai dont il reprend avec brio le même climax.

Franchement, le jeu est bien emmené. Trop, peut-être, pour prendre réellement possession du spectateur. Sans même attendre un dénouement qui, pour le coup, n’a plus rien de sophistiqué, le récit se démagnétise peu à peu, tout comme l’ombre du vice qu’on aurait rêvée plus tenace ou tétanisante, à l’instar du Faux Semblants de David Cronenberg dont L’Amant Double, en fin de compte, n’aura été qu’une exquise variation.

L’Amant double, François Ozon, sélection officielle au festival de Cannes (Le film est sorti en salles vendredi)




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