La Fête des fous

Entrevu jusque là de manière épisodique dans l’œuvre de James Lee Burke, le shérif Hackberry Holland possède plusieurs poins communs avec  le Dave Robicheaux de Dans la brume électrique: une vision pour le moins désabusée des racines du mal, la perte d’une épouse, un passé d’alcoolique et de soldat (La Corée pour le shérif) plombé de traumas ou encore une certaine manière de sublimer fibre écolo et tourments existentiels dans la géographie environnante, qu’elle soit texane ou néo-orléanaise.

Le Texan est cependant plus âgé que le Cajun. Plus lourd, également, tristement déplumé de ces accès de fureur qui donnent encore parfois à Robicheaux l’énergie d’une pile électrique. Finalement, même s’il peut encore avoir des instants border line, Hack, comme on le surnomme, reste un vieux sage tandis que Robicheaux, lui, est un damné permanent. Ce dernier aurait sans doute donné plus de feeling et d’ordonnancement à cette Fête des Fous braisée de dépravés itinérants à la frontière entre le Texas et le Mexique.

Agents fédéraux, mercenaires, narcotrafiquants et autres mafieux russes… Les voilà tous lancés aux trousses d’un ex-ingénieur errant dans le désert et capable de construire un drone ultra-puissant. Lui mettre la main dessus et le revendre aux émules d’Al Qaïda qui traînent dans le coin, c’est la fortune assurée. Encore faut-il pour cela se débarrasser d’un prêcheur serial killer déjà repéré lui aussi dans un livre antérieur, Jack Collins, tout en veillant à s’assurer les bonnes grâces d’une mystérieuse Chinoise, « La Magdalena »,  ex-employée de la CIA reconvertie en passeuse pour clandos.

On l’aura compris, le menu proposé par James Lee Burke est dantesque à souhait, mais surtout excessivement copieux. Prêtres crucifiés, carnages au pistolet-mitrailleur, adjoints manquant d’être enterrés vivants… D’un morceau de bravoure à l’autre, l’auteur peine à passionner son lecteur. La mosaïque est trop chargée et les personnages sont dessinés à gros trait.

Quant aux méditations du shérif-philosophe (« Les acteurs de la pièce sont toujours les mêmes, quelle que soit l’époque, pensait-il, et ceux qu’on suit le plus volontiers sont ceux qui profanent la planète, suscitent des guerres, et justifient leurs entreprises sans scrupules »), on les rêverait plus renversantes. Reste la moiteur mexicaine fatale à bien des gringos ainsi que la pétulance inattendue de Pam Tibs, cette adjointe de shérif charnue à souhait et qui ne se laisserait démonter pour rien au monde face aux racailles qui pullulent autour d’elle.

La Fête des fous, James Lee Burke (Editions Rivages)




Les commentaires sont fermés.