Scènes de boxe

Les vrais boxeurs n’aiment pas la boxe, ils préfèrent le jazz. On n’exagère pas forcément en résumant ainsi la prose d’Élie Robert-Nicoud. Destins cabossés, tempos bluesy… « Un combat de boxe est un standard qui se joue et se rejoue sans cesse et qui raconte la vie de celui qui se bat », écrit l’auteur dont le père, ancien boxeur devenu peintre, s’était lié d’amitié avec Sidney Bechet. De quoi enchaîner, entre souvenirs personnels et destins édifiants, des chorus pugilistiques gorgés de verve et de sensibilité.

Car ce n’est pas tant les guerriers que les maudits du ring qui sont ici célébrés avec une bande-son bien stimulante. L’ère du swing est incarnée par Barney Ross, personnage à la Dickens qui boxe pour gagner assez d’argent afin de sortir ses frères et sœur de l’orphelinat. Mascotte du Yiddishland de Chicago (« La boxe est toujours le sport du dernier arrivé » -Irlandais, Juifs, Italiens ou Noirs…), il devient héros de guerre à Guadalcanal. Soigné pour ses blessures, il tombera dans l’addiction à la morphine et dans l’oubli.

Côté be-bob, c’est Archie Moore, le Dizzy Gillespie de la boxe (il porte le même béret…), qui fait des étincelles. Après ses combats, ce mi-lourd souvent opposé à Rocky Marciano allait tâter de la basse en club avec son ami Oscar Pettiford. Difficile, à ce stade du récit, de ne pas croiser Miles Davis et sa passion pour Sugar Ray Robinson et Jack Johnson. On apprend au passage que c’est le pianiste Red Garland, ancien poids welter de Philadelphie, qui servait de sparring-partner au trompettiste.

Et Mohammed Ali dans tout ça ? Disons qu’il encaisse, sous la plume d’Élie Robert-Nicoud, une série d’uppercuts spectaculaires. Un style trop voyant (lorgnant plus vers la soul que le jazz pur, en somme), un personnage trop calculateur… L’auteur préfère plutôt rendre justice à ses adversaires: Sonny Liston, Joe Frazier… Dépeints comme des brutes illettrées ou des Oncle Tom indignes de la cause des droits civiques, ils étaient en réalité bien plus authentiques, au cœur de ce qui fait l’identité de la boxe: douleur, rage et rédemption.

Scènes de boxe, Élie Robert-Nicoud (Ed. Stock). Coup de projecteur avec l’auteur, mercredi 24mai, sur TFSJAZZ (13h30)




Laisser un commentaire