Les batteurs

Au départ, il y a cette commande du Théâtre de la Bastille. Comment représenter, via les enjeux politiques du moment, ce qu’était autrefois le chœur antique ? La réponse d’Adrien Béal swingue comme une caisse claire puisqu’il a choisi de représenter un chœur de batteurs.

C’est ainsi que l’instrumentiste le plus solitaire, longtemps cantonné en fond de scène au simple rôle de « gardien-protecteur » du tempo, le voilà multiplié par six : deux femmes, quatre hommes. Et pas question, pour eux, comme dans le vieux théâtre grec, de commenter les actions d’autres protagonistes joués par des professionnels. Nos six batteurs, qui justement ne sont pas rodés à l’art d’Hamlet, se veulent d’abord les agents d’eux-mêmes, cherchant et portant leur propre voix.

Ils prennent aussi divers masques au gré des fictions qu’ils sont amenés à transposer: bricoleurs de son, guérisseurs, chercheurs d’or… À un moment, ils se paient même le luxe de danser sur scène. Autant dire que la vivacité du spectacle rend accessoire l’absence d’une trame précise. L’essentiel, c’est la façon dont ça circule sur le plateau, en bi-frontal ou alors en front line. La fixité des batteries n’y résiste pas, le sextet n’hésitant pas à désassembler les différentes parties de l’instrument. Quelle interactivité, au final ! À ce titre, Les Batteurs, c’est l’anti-Whiplash. Jusqu’à citer Kenny Clarke plutôt que Buddy Rich.

Jeu tout en naturel chez les six instrumentistes parmi lesquels on identifie Louis Lubat, le fiston de notre Bernard Lubat national. Pour le reste, la troupe voltige dans l’allégresse, enchaînant les chorus (pas seulement instrumentaux) avant que le chorus ne devienne chœur. Ils sont peut-être là, les vrais « insoumis », sans nul coryphée les menant à la baguette.

Les Batteurs, Adrien Béal, Compagnie du Théâtre Déplié. Jusqu’à dimanche au Théâtre de la Bastille, à Paris, dans le cadre du cycle « Notre chœur ».




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