Turn Up The Quiet

Étrange conjonction que celle qui, inopinément, nous fait craquer pour le disque d’une chanteuse qui paraissait jusqu’ici si routinière. Et soudain, cette assomption, cette voix à nu, ce répertoire de standards comme on en rêve.

Bon, OK, on prend de l’âge… Il n’empêche, c’est comme si ce producteur de légende qu’était Tommy LiPuma, aux manettes pour cet ultime album, nous soufflait à l’oreille: « Eh guy ! Ça me gave un peu que lorsque j’étais encore de ce monde, tu ne te sois jamais intéressé à Diana Krall ! »

Désolé, Tommy… C’est vrai qu’il y a de la sublime épitaphe dans l’air au travers de ces chansons veloutées où respire un swing haut de gamme et une authenticité de tous les instants. On craque d’abord pour le versant minimaliste, cette ouverture à fleur de peau en duo avec la contrebasse de l’immense Christian McBride sur Like Someone In Love avant que la chanteuse ne vire claviériste. La guitare de Russell Malone n’a plus qu’à enrober le tout.

D’autres formations entourent la Canadienne au gré des plages sans que jamais l’auditeur ne s’en trouve désarçonné. Un quintet avec violon, notamment, sur un No Moon At All si joliment enlevé ou encore sur Moonglow avec en prime les cordes toujours vague-à-l’âme de Marc Ribot. Dans un registre plus orchestral, une troisième équipe entre sur le terrain, réunissant le guitariste Anthony Wilson, le bassiste John Clayton Jr et le batteur Jeff Hamilton. Résultat: une version langoureuse de Sway ponctuée d’un final carrément symphonique.

Jamais enfin l’alerte Blue Skies n’a autant atteint les tripes. Est-ce parce que la contrebasse de McBride y fait à nouveau des merveilles ou bien parce que Diana Krall, contrairement aux versions les plus connues, choisit d’entamer ce morceau non pas avec le refrain habituel mais en le faisant précéder, sur un tempo délibérément ralenti, par le fameux couplet « Never saw the sun shining so bright. Never saw things going so right… » ? Jamais, à vrai dire, elle n’a autant rayonné. Jamais elle n’a autant vibré.

Turn Up The Quiet, Diana Krall (Label Verve)




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