Quand sort la recluse

Araignée tueuse dans le nouveau Fred Vargas. Non pas la veuve noire au patronyme si effrayant mais plutôt la timide « recluse », pas velue pour un sou, cloîtrée pour ainsi dire dans son monde intérieur comme ces femmes qui, au Moyen-Âge, s’emmuraient pour offrir leur vie à Dieu.

Et la voilà qui sort de son antre, la recluse, prenant dans sa toile le lunaire commissaire Adamsberg dont Fred Vargas a fait son ambassadeur lorsqu’il s’agit de traquer la cruauté des hommes. Ici, le mal se niche d’abord dans un orphelinat d’après-guerre dont les garnements ont continué à sévir à l’âge adulte. Tortionnaires, violeurs… Qu’une simple morsure vengeresse finisse par abréger les vieux jours de ces « blaps » (scarabées puants) n’en finit plus de perturber le commissaire, d’autant plus que la vue -ou le nom- de cette fameuse recluse réveille en lui des traumas qui n’ont rien d’arachnéen.

Voltiges lexicales, tendresses d’écriture… Fred Vargas n’a rien perdu de ses talents dans ce nouvel opus qui voit Adamsberg conduire son équipe comme un Magellan à la conquête du détroit décisif. Encore faut-il éviter « l’étoc » (crête de rochers immergés sur lesquels s’éventrent les bateaux) et savoir dénicher l’anguille sous roche comme « la murène sous rocher », sans parler du cas Danglard, le célèbre adjoint d’Adamsberg auquel la romancière confère ici un rôle bien ingrat. S’agirait-il de lui faire payer les ardeurs robespierriste de Temps glaciaires.

Mais qu’importe que Danglard morde comme une recluse. Après lui avoir réglé son compte au kärcher (« J’ai fracassé la posture dans laquelle mon adjoint était empêtré »), Adamsberg s’abandonne à ses « proto-pensées » et autres « bulles gazeuses » pour élucider l’énigme. Jusqu’à ce que les bulles dansent ensemble et retombent comme des flocons de neige sur le lecteur à nouveau comblé.

Quand sort la recluse, Fred Vargas (Flammarion). En librairie le 9 mai.




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