Django

Il n’est jamais inutile de rappeler, pour ceux qui continuent encore à disserter sur l’interdiction du jazz dans Paris occupé, cette annonce d’un quotidien allemand destiné aux officiers nazis de passage dans la capitale. On est en février 1942 et voilà que ce journal encourage vivement ses lecteurs à se rendre au cabaret Le Nid pour applaudir le « Der Weltberuehmte Django Reinhardt und dass Quintett des Franzoesischen Hot Club », autrement dit le « mondialement célèbre Django Reinhardt et le quintette du Hot Club de France ». On est cinq mois avant la rafle du Vel d’Hiv.

C’est bien ce hiatus si finement observé par l’historien Gérard Régnier entre l’âge d’or de Django et la nuit nazie qu’Étienne Comar appréhende de front dans son biopic sur le génial guitariste.  Comme dirait l’autre, Django Reinhardt n’a jamais été aussi libre que sous l’Occupation. Les Juifs, les gaullistes, les communistes… Pour lui, tout ça est une histoire de gadjé, de non-Tziganes.

Il lui reste pourtant un instinct vital. Jamais, non, jamais il n’ira jouer à Berlin. Surtout si cela l’amène à passer sous les fourches caudines de ceux qui, du moins sur le sol allemand, se cramponnent d’avantage à leurs théories sur l’art dégénéré, noyant swing et improvisation sous des salves de « Hartoun ! » aussi raides que stupides.

Le film évoque avec beaucoup de justesse cette trajectoire à la fois ambivalente et inéluctable d’un musicien rattrapé par son intégrité, prenant peu à peu conscience que son peuple est lui aussi voué aux enfers par le IIIe Reich et débarquant finalement à Thonon-les-Bains pour tenter l’évasion en Suisse. Très belle présence de Reda Kateb à l’écran même si l’acteur n’a pas forcément le profil aiguisé de son modèle. Cécile de France possède également une classe folle dans le rôle fictif de la maîtresse belge de Django jouant de ses relations avec l’Occupant pour mieux le protéger.

La mise en scène, pour sa part, reste quelque peu formatée et peut-être aussi un peu molle dans le premier tiers du film. Elle a au moins le mérite de ne pas étouffer les parties musicales que Stochelo Rosenberg et Claude Tissendier développent avec brio et clarté, au cœur de ce que la « djangologie » a pu receler historiquement de plus trouble.

Django, Étienne Comar (Sortie en salles le 25 avril)




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