Le Prophète

Dans Le Prophète, une malheureuse chèvre finit dévorée par des hippies. Le film, lui, fait surtout figure de brebis galeuse dans la filmographie de Dino Risi. Reniée par son réalisateur, mais aussi par son scénariste, Ettore Scola, ainsi que par son acteur-vedette, Vittorio Gasmann, cette farce écolo typiquement soixante-huitarde se revisite pourtant avec délectation grâce une nouvelle collection DVD, Edizione Maestro consacrée à des comédies italiennes inédites en vidéo.

Débarquant de sa montagne, Gasmann y interprète le rôle  d’un ermite ayant rompu avec la civilisation mais qui doit à nouveau revenir en ville pour apurer ses dettes fiscales devant la justice. L’occasion, pour lui, d’affronter une nouvelle fois les horreurs de la pollution et du consumérisme, mais aussi les charmes irrésistibles de la révolution sexuelle, surtout lorsqu’elle est incarnée par une rousse délurée (Ann-Margret est à croquer…) comme l’épopée Flower Power savait tant nous en dénicher.

Dino Risi chez les hippies, donc… Mais des hippies qui sont ici bien ridiculisés, à l’instar de cette étonnante scène de baston où Gasmann, aucunement amadoué par la fleur que brandit devant lui l’un de ces malheureux pacifistes, règle leur compte à la manière d’Astérix face aux Romains. On reconnait là le trait parfois brouillon et appuyé du réalisateur du Fanfaron, mais aussi sa sidérante tonicité.

Le Prophète remplit ainsi son trépidant cahier des charges en démolissant toutes les modernités autoproclamées, hippies mais aussi société de consommation avec à la clé une magnifique séquence à la Jacques Tati lorsqu’il s’agit de brocarder une société aliénée par la bagnole et le travail. Le dénouement du récit, nimbé d’une surprenante amertume par rapport à ce qui a précédé, parait anticiper Parfum de femme, joyau inégalé dans la carrière du réalisateur.

Le Prophète, Dino Risi (1968), sortie DVD chez ESC Editions. Coup de projecteur, le vendredi 14 avril, avec Stéphane Roux, historien du cinéma et spécialiste du 7e art transalpin.




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