Corporate

Au nirvana des chasseurs de têtes, Émilie Tesson-Hansen confine au jackpot. A la fois corporate, autrement dit entièrement calquée sur les intérêts de sa boîte, mais également proactive, ce qui signifie qu’elle parvient à anticiper le moindre accroc.

Jusqu’au jour où les deux termes font collapse. Lorsque la DRH « killeuse » fait face au suicide d’un employé acculé à la démission et qu’une inspectrice du travail met son nez dans ses méthodes de management, le côté proactif d’Émilie prend le dessus sur son ardeur corporate. Il lui faut d’abord sauver sa peau, quitte à compromettre sa hiérarchie.

Corporate et proactive, la mise en scène de Nicolas Silhol l’est tout autant, et ce n’est pas la moindre vertu de ce premier long-métrage. Corporate, la façon dont il maîtrise les codes du thriller d’entreprise avec ses espaces striés, ses géométries inquiétantes et, en guest star, un Lambert Wilson particulièrement ténébreux derrière sa « cooltitude » de façade.

Proactif son art de l’échappée avec ses extérieurs « enjazzés » par le beau travail du pianiste Alexandre Saada . Autre belle idée du film, la confrontation entre deux types de féminités aussi séduisantes qu’antagoniques, l’agressivité peu à peu démaquillée de la DRH  s’accordant au final avec la présence de plus en plus charnelle de l’inspectrice du travail pourtant bien acariâtre au départ…

Violaine Fumeau donne une humanité du tonnerre à ce personnage d’inspectrice tandis que Céline Sallette, déjà si craquante dans L’Apollonide de Bertrand Bonello, a des expressions qui rappellent l’âge d’or d’une certaine Annie Girardot, surtout dans un film aussi corrosif sur le plan socio-politique. On tient là la promesse d’une grande actrice populaire.

Corporate, de Nicolas Silhol. Sortie le 5 avril. Coup de projecteur, le même jour (13h30) sur TSFJAZZ avec le réalisateur.




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