Des hommes sans femmes

On s’était surpris, l’an passé, à se trouver si bien dans l’atelier d’Haruki Murakami. Ecoute le chant du vent et Flipper, ses deux premières œuvres de jeunesse longtemps interdites de publication, résonnaient comme les fragments des grands chocs littéraires à venir. Éclats fugaces, diamants en soi. Cette même joaillerie du fragment aurait pu se prolonger dans le format court de la nouvelle auquel a déjà eu recours, dans le passé, l’écrivain japonais.

Déception à l’arrivée. La première, à vrai dire, depuis qu’on s’est entiché de MurakamiDes hommes sans femmes. Le titre, comme le thème de ces nouvelles, paraissait pourtant prometteur. Masculinités esseulées, cruauté du revers amoureux, perte d’un corps ou d’une âme qui vous ont fait grimper au rideau. Sauf que l’auteur, en la matière, tombe dans les clichés « adulescents », son écriture paraissant du même coup beaucoup moins cristalline.

La première nouvelle parvient encore à faire illusion. Un comédien veuf embauche comme chauffeur une femme aussi mystérieuse qu’attentive aux tourments de son nouveau patron. Une angoisse diffuse imprègne leurs relations. Le chirurgien hédoniste qui tombe en enfer en devenant amoureux est moins intéressant malgré l’allusion dans le récit à une scène de Baisers Volés dont Murakami -ou alors sa traductrice- offre une étrange retranscription. Là où Truffaut évoquait les nuances entre tact et politesse, l’auteur disserte, ici, sur la différence entre courtoisie et esprit d’à-propos.

Il est bien question, ailleurs, de Billie Holiday et de musiques d’ascenseur, mais c’est visiblement dans ce deuxième registre que Murakami préfère épiloguer sur une solitude masculine dont il ne donne jamais à voir la dimension existentielle, voire résiliente. Ce versant pleurnichard culmine dans le souvenir, par l’un des narrateurs, d’une femme follement aimée qui a mis fin à ses jours. « Tous les marins du monde et toutes leurs paroles douces n’avaient pu la délivrer du royaume des morts ». On espérait retrouver les poignantes ciselures de La Ballade de l’impossible, on se retrouve avec du sous-Jacques Demy.

Des hommes sans femmes, Haruki Murakami (Editions Belfond)




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