Félicité

Dans Kinshasa à ciel ouvert, elle accélère le pas. Elle court, presque. Félicité est chanteuse de bar, mais c’est un autre blues qui la tenaille à l’idée que son fils, victime d’un accident, ne puisse être opéré à temps. Il lui faut de l’argent, il lui faut quémander, quitte à ravaler sa droiture et sa fierté, deux paravents de solitude qu’il est si facile de lui renvoyer à la figure au moment où elle a besoin d’aide.

Mise en scène très musicale de la part d’Alain Gomis, jeune réalisateur franco-sénégalais fan de Thelonious Monk et de Nina Simone. Il donne le thème en première partie, avec une narration serrée qui éclaire avec une indéniable vivacité les ressorts dramatiques du récit. C’est comme la main droite au clavier.

Et puis vient la main gauche, non pas en accompagnement mais en variations hypnotiques. Le film bascule vers la transe, s’enfonce un peu plus dans les nuits alcoolisées de Kinshasa, au rythme du Kasai Allstars, un collectif congolais aux sonorités particulièrement enivrantes.

Un orchestre symphonique se fait également entendre. Le réalisateur le conçoit à la fois comme un chœur antique et comme une porte ouverte sur un autre monde, peut-être la part des anges de Félicité (formidablement incarnée par Véronique Mbeya Mutu, toute en vaillance et en renoncement…), cet espace-temps qui, tel une soupape, l’autoriserait enfin à craquer pour le garagiste au grand cœur venu réparer son frigo et ses tourments.

Ne reste plus dés lors qu’à se laisser subjuguer par un chant qui résonne comme le ventre et de la terre au milieu du volcan, qui transcende toute cette pression économique dont les femmes sont les premières victimes; ce Kinshasa Blues, on y revient, qui procure autant de frissons qu’un morceau de Billie Holiday.

Félicité, Alain Gomis, Ours d’Or au festival de Berlin. Sortie le 29 mars. Coup de projecteur, le même jour, sur TSFJAZZ (13h30) avec le réalisateur.




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