L’autre côté de l’espoir

Sous le haut patronage de Charlie Chaplin et d’Amnesty International, la critique continue à faire les yeux doux au réalisateur finlandais Aki Kaurismäki. Après le petit sans-papiers gabonais recueilli par un cireur de chaussures dans Le Havre, le spectateur est donc invité à compatir au sort de Khaled, un jeune réfugié syrien se retrouvant par hasard en Finlande. Son odyssée croise celle d’un représentant de commerce d’une cinquantaine d’années qui a tout largué pour ouvrir son propre restaurant.

Poésie de l’absurde, humanisme gentillet et prime au loufoque (les clients japonais face aux sushis aux harengs…) censée désamorcer ce qu’un pays comme la Finlande peut avoir de profondément déprimant… Kaurismäki déroule son noble cahier des charges avec une théâtralité qui peut confiner à l’ennui. Si une intense partie de poker est propice à un véritable morceau de bravoure côté mise en scène, la niaiserie bienveillante qui entoure le propos général freine l’adhésion.

Le manque d’aspérité des personnages, l’inévitable apparition de skinheads néo-nazis pour bien corser le climat et la générosité ressassée n’en finissent plus de plomber ce type de cinéma. Une grande scène, pourtant, nous arrache à notre léthargie. Devant une fonctionnaire du droit d’asile impassible, le jeune réfugié évoque avec une précision glaciale les circonstances qui l’ont amené à quitter la Syrie en guerre avant d’être séparé de sa sœur. Fugitivement, le cinéma de Kaurismäki dépasse alors le simple rapport d’Amnesty.

De l’autre côté de l’espoir, Aki Kaurismäki (le film est sorti mercredi dernier)





Les commentaires sont fermés.