Une histoire amusée des promesses électorales

À ceux qui s’interrogent sur les sources de Benoît Hamon au regard de sa taxe-robot et de ses digressions sur la fin du travail, le catalogue de promesses exhumées par Bruno Fuligni apporte une réponse. C’est ainsi que dés 1848, le citoyen Muré, candidat du Club des Amis fraternels, proposait de remplacer les travailleurs exploités par des chiens savants: « Il faut que l’homme, au lieu d’appliquer ses bras aux métiers, soit entouré d’agents mécaniques qui, sur un signe de sa main, enfantent des prodiges ». Une prose bien plus avenante, en vérité, que le jargon de l’actuel candidat du Parti socialiste.

Prolongeant avec l’érudition savoureuse qui le caractérise un travail entamé il y a 10 ans avec Votez Fou !, l’auteur, haut fonctionnaire à l’Assemblée nationale, dessine ainsi toute une évolution des mentalités depuis le 19e siècle. Et les plus fantasques ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Les candidats qui promettent le droit de vote pour les femmes passent pour des zozos à une certaine époque. À contrario, le très sérieux Gambetta proposait, en 1869, de supprimer « les armées permanentes »…

Promesses de Gascon, donc, mais aussi de Seine-et-Marnais, à l’instar de ce Abel Géromini qui, aux législatives de 1956, s’exclamait « Donnez moi un siège à l’Assemblée,  je ferai jaillir du pétrole du Gâtinais ! »…  Un certain comte Gaudron candidat aux municipales d’Angers en 1935 n’est pas mal non plus. « Propriétaires: je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous releviez vos loyers. Locataires: je ne vois pas non plus d’inconvénients à ce que vous ne les payiez pas non plus ». Recalé au suffrage universel, l’aristo ! Il avait pourtant également promis, durant sa campagne: « Guignolet gratuit et obligatoire avant chaque repas »

Bruno Fuligni a également porté son regard sur les professions de foi ou comment tel ou tel candidat fait de lui-même une promesse. Peu au fait de la politique, Alexandre Dumas propose ainsi une vision atypique de son œuvre lorsque, en quête de députation, il rappelle que ses « drames et livres, en moyenne, ont soldé le travail de 2160 personnes ». Pas toujours facile, à vrai dire, de sensibiliser un électorat populaire quand on vient d’un autre milieu. Ou alors il faut oser, comme ce futur Premier ministre aux législatives de 1978 à Rouen: « Laurent Fabius est socialiste. C’est dire qu’il partage les difficultés de chaque jour auxquelles les travailleurs doivent faire face pour eux-mêmes et pour leur famille. »

On aimerait parfois en savoir plus sur certains profils méconnus que l’auteur cite à plusieurs reprises dans son récit. Ils sont bien plus passionnants que les Chirac, Rocard et autres Hollande dont Bruno Fuligni rappelle par ailleurs les hauts faits d’armes: se baigner dans la Seine, combattre la finance… On sait ce qu’il est advenu de ces engagements. Le « grand meeting rétrospectif » qui nous est ici proposé fourmille de colères et d’espoirs bien plus authentiques, même si leur expression peut apparaître aujourd’hui quelque peu déjantée.

Une histoire amusée des promesses électorales de 1848 à nos jours, Bruno Fuligni (Éditions Tallandier), coup de projecteur avec l’auteur, sur TSFJAZZ, ce mardi 21 mars, à 13h30.




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