Soudain l’été dernier

C’est la jungle, c’est l’Amazonie. L’Odéon de liane en liane pour pour traduire la folie végétale de Soudain l’été dernier de Tennessee Williams… La moiteur de la Nouvelle-Orléans devait-elle forcément induire une telle luxuriance scénographique, au risque de cannibaliser le plateau et les comédiens qui vont avec ? Ce n’est malheureusement pas la seule question que pose l’adaptation de Stéphane Braunschweig tant ce qui nous est conté sur scène paraît fade, daté, bavard et sans intérêt.

Reviennent évidemment en mémoire trois monstres sacrés du 7e art: Katharine HepburnLiz Taylor, Montgomery Clift. Avec sa psychologie à deux centimes, le film de Mankiewicz était loin d’être une merveille et Hepburn eut bien raison de se fâcher avec son metteur en scène tant sa composition, toute en démence et en cabotinage, était aussi pénible que ridicule.

On garde en même temps un souvenir moins encombrant du jardin exotique cher à Sebastian, le héros-poète invisible du récit dont les circonstances de la disparition donnent lieu à une joute infernale entre sa mère et sa cousine. Qui est la plus folle ou la plus visionnaire des deux ? Que signifie véritablement ce « Sebastian avait faim des blonds » ou encore cette fable des bébés-tortues fuyant vers la mer pour échapper à des oiseaux carnassiers ? Laborieux dans le psychologisant mais néanmoins orfèvre de toutes les psychés, Mankiewicz parvenait, au final, à créer une formidable tension autour des névroses de Tennessee Williams.

Le tempérament plus nordique de Braunschweig, inégalable lorsqu’il monte Ibsen, paraît en revanche  comme en porte-à-faux avec l’esprit très américain de la pièce. Sa direction d’acteurs n’est guère plus stable. Si le jeu introverti de Luce Mouchel dans le rôle de la mère peut séduire, Jean-Baptiste Anoumon ne sait pas trop quoi faire de son personnage de docteur condamné à un jeu de relances pour le moins fastidieux. La partition de Marie Rémond déçoit encore d’avantage. Si convaincante récemment en héroïne rohmérienne au Théâtre de la Bastille, la voilà qui dévitalise, ici, tous les moments dramatiques. Y compris dans la tirade finale qui devait constituer le climax du récit.

Soudain l’été dernier, Tennessee Williams, mis en scène par Stéphane Brausnchweig au théâtre de l’Odéon (jusqu’au 14 avril)




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