Propriété privée

Après avoir signé le scénario du Gaucher d’Arthur Penn et avant de réaliser la série-culte Au-delà du réel, Leslie Stevens livre en 1960 un film étrangement mal élevé: attraits exhibés sans pudeur, mise en scène carrément voyante autour du voyeurisme, gros zeste de perversité, de graveleux et de manipulation du spectateur… On devrait détester ? On adore.

Premier appât de ce Propriété Privée exhumé l’an passé et désormais accessible en DVD, le statut d’œuvre maudite. Voilà un film qui disparaît de la circulation au moment même ou triomphe, avec des ressorts assez comparables, le Psycho du camarade Hitchcock. Miracle, une version 35 mm ressuscite, quelque part en Californie. Il n’en va pas de même pour l’actrice principale  qui met fin à ses jours en 1963. Son mariage avec son réalisateur de mari venait de voler en éclats.

Kate Manx, elle s’appelait… Profil rare. Blondasse guindée à première vue, mais allure diablement excitante au fil du récit qui voit deux voyous bien mal intentionnés tenter de s’introduire dans une villa de Los Angeles où la ménagère huppée délaissée par son époux, un homme d’affaires bête comme ses pieds, devient la proie rêvée sur le plan social comme sur le plan érotique.

On pense à Marx, à De Palma, au Hitchcock de Fenêtre sur Cour (plutôt que Psycho, finalement…), à Michael Haneke. Le scénario va même jusqu’à nourrir de toutes les ambiguïtés possibles la relation qui unit les deux personnages masculins (par lesquels on reconnait l’admirable Warren Oates, futur acteur fétiche de Peckinpah), entre impuissance et homosexualité refoulée.

Un trop-plein qui ne ternit en rien, pourtant, l’art parfait du thriller que le film mène à bien avec ses emprunts malicieux à l’esthétique télévisuelle, son noir et blanc capiteux et ses cadrages border line. Malgré un happy end un peu convenu, la modernité de l’ensemble saute aux yeux. En bonus, une autre résurrection bienvenue, Artistry in Bolero de Pete Rugolo, dans la séquence-climax de ce très beau film.

Propriété Privée, Leslie Stevens, sortie DVD chez Carlotta Films. Coup de projecteur, mercredi 15 mars, sur TSFJAZZ (13h30) avec Thoms Baurez, de Studio Ciné Live.




Les commentaires sont fermés.