La Confession

Dans Léon Morin, prêtre que réalise Jean-Pierre Melville en 1961, Jean-Paul Belmondo offre sa dégaine de boxeur et d’adolescent attardé à son personnage de curé hyper cool en pleine France occupée. En face, ou plutôt à côté, la regrettée Emmanuelle Riva campe une militante communiste racée, presque aristocratique.

Il en va tout autrement dans La Confession. Face à une Marine Vacht cash et gorgée de naturel, Romain Duris n’est que lumière et mystère. Cette redistribution des cartes, des rôles et des caractères tape dans le mille bien qu’elle impose à Nicolas Boukhrief une gymnastique particulière sur le mode « Melville n’existe pas, seul compte le roman qui l’a inspiré ». Il y a une part de vérité dans ce raccord direct à la prose de Béatrice Beck dont le récit, ne l’oublions pas, fut couronnée d’un Goncourt.

C’est que dans le roman, contrairement à ce qu’en fait Melville, le point de vue est résolument féminin, et c’est justement ce sens de la féminité que parvient à retrouver un réalisateur jusque là réputé dans des formats plus virils. Cet alliage de douceur et de tension irrigue aussi bien la mise en scène que le jeu des comédiens. L’arrivée du nouveau prêtre dérègle toute une communauté de femmes seules, qu’elles soient veuves de guerre, épouses de prisonniers ou alors demoiselles à l’affût. La jeune communiste athée ne sera pas d’avantage insensible à l’abbé enjôleur. Foi contre foi, jusqu’au trouble qui naît d’un dialogue irrémédiablement sexué même si chacun des deux protagonistes prétend rester sur son quant-à-soi.

Nicolas Boukhrief parvient avec brio à rendre accessible à nos contemporains cette joute religieuse d’un autre temps. Il élève la théologie au rang de spiritualité. En ces temps post-Bataclan et alors qu’il était déjà question de religion dans Made in France, cette vision à la fois sereine et passionnée de la foi religieuse (y compris dans sa version rouge…) a valeur de manifeste. Le réalisateur se montre également très soucieux de son arrière-plan avec une chronique de la France occupée qui propose un subtil dégradé de tous les comportements, entre veulerie, attentisme et courage. Le zeste d’humour qui s’y glisse n’atténue en rien ce que ces temps avaient de dramatique.

La Confession, Nicolas Boukhrief. Sortie en salles mercredi prochain. Coup de projecteur avec le réalisateur, sur TSFJAZZ (13h30), le jeudi 9 mars.




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