Les figures de l’ombre

Quand trois mathématiciennes afro-américaines mettaient la Nasa sur Orbite. Aussi prenant qu’instructif, Les figures de l’ombre métisse conquête spatiale et droits civiques en arrachant à l’anonymat Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Trois copines,  trois combattantes. La première calcule la trajectoire du vol orbital de John Glenn en 1962. La seconde rend opérationnel un monstre informatique ayant terrassé ses collègues masculins.La 3e sera la première femme noire ingénieurE à la Nasa après avoir pu suivre des cours du soir dans une école réservée aux Blancs.

C’est au centre de recherche Langley, au cœur d’une Virginie encore bien ségréguée -on a encore en mémoire Loving, même époque- que se déploie cette émancipation au nom des intérêts supérieurs du pays. Six mois avant Pearl Harbor, Roosevelt prohibe toute discrimination dans l’industrie de la défense (voir l’excellent dossier réalisé par Jessica Dufour sur son site). Avec la Guerre Froide, plus question de tergiverser. On recrute à tour de bras des colored computers (« ordinateurs de couleur »). Ce sont les petites mains de la Nasa. Sous-payées, méprisées en tant que femmes et Noires, elles calculent à la chaîne les données dont ont besoin leurs supérieurs blancs.

L’option feel-good movie choisie par le réalisateur, Theodore Melfi, est la bonne. Boosté par une B.O. où voisinent Ray Charles, Miles Davis et Lalah Hathaway, le propos valorise l’humour et la fantaisie, à l’instar de la séquence d’ouverture où un flic blanc qui cherchait des noises aux trois miss finit par les escorter vers leur lieu de travail en roulant devant (« Pour une fois, ce sont des Noirs qui poursuivent un Blanc », note l’une des héroïnes)…

L’interprétation est au diapason de cette belle humeur, avec en bonus le bonheur de retrouver deux acteurs du désormais oscarisé Moonlight, Janelle Monae, aussi mutine que fragile, ainsi que Mahershala Ali en amoureux de l’une des trois savantes. Le film, certes, se veut consensuel, à l’image des deux Blancs joués en mode rédemption par Kevin Costner et Kirsten Dunst, et les séquences hors-Nasa paraissent quelque peu convenues. Lorsque la caméra, en revanche, cerne les humiliations raciales et professionnelles imposées aux trois black women (toilettes et cafetière pour personnes de couleur…) en les mettant en parallèle avec l’intensité de l’aventure spatiale américaine, Les figures de l’ombre décolle comme une fusée.

Les figures de l’ombre, Theodore Melfi (Sortie le 8 mars)




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