Histoire mondiale de la France

L’hexagone au miroir du globe terrestre, la francité comme elle n’avait encore jamais swingué, la saga d’un « vieux pays » -dixit Dominique de Villepin- rajeunie avec éclat. Avec leur Histoire mondiale de la France si voyageuse, si stimulante, si décomplexée, le médiéviste Patrick Boucheron et la jeune garde d’historiens qu’il entraîne avec lui nous livrent un formidable outil de savoirs et de citoyenneté.

« Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France ». Placée en exergue, cette citation de Michelet a valeur de programme. Brisant le cadenas du franco-français, retournant comme une crêpe les mythes fondateurs (Alésia, Poitiers…) dont raffolent les Finkielkraut et autres Zemmour, tout un collectif d’universitaires décentre le « grand roman national » en le faisant pivoter aux yeux du monde. La France en rotation, en somme, comme la Terre. Changement de focale.

146 dates au total, mais pas forcément celles qu’on attendait. Privée de 1429 et de 1431, Jeanne d’Arc ne se comprend qu’à travers la mode européenne des unions de couronnes, à l’instar du traité de Troyes en 1420, ce qui déclenche en réaction l’instrumentalisation d’une pucelle. Moins belliqueuse, cette fête brésilienne qui marque l’entrée du roi Henri II à Rouen. De vrais Indiens y jouent leurs propres rôles, sans aucune assignation raciale de part et d’autre. « Le Nouveau Monde des Français ne constitue pas encore, à l’aube de la modernité, une terre à soumettre et des peuples à dominer ».

Des dates et des hommes… Rachi, le rabbin de Troyes, peut-être l’un des premiers grands auteurs français au 11e siècle; Calvin, autre novateur de la langue française alors que c’est en banni et en réprouvé qu’il  traduit les idées réformées; ou encore Descartes, ce « voyageur du doute » dont le génie se déploie à Amsterdam, au cœur de ces Provinces Unies havre de tolérance et d’ouverture sur le monde.

Le Siècle de Louis XIV marque l’entrée en scène du tandem colonialisme/impérialisme: Versailles conçu comme produit d’exportation, le bombardement d’Alger en 1683, Colbert ou l’exploitation esclavagiste de la manufacture de sucre… la France parvient en même temps à rayonner de manière plus pacifique, souvent en contrepoint, d’ailleurs, à ses défaites militaires. Après Sedan, elle opte pour la « diplomatie du mètre » et réussit, lors d’une conférence internationale, à faire accéder cette unité de mesure au rang d’étalon universel. Une manière  pour notre pays d’aimer la mondialisation, selon les auteurs, « à condition que celle-ci lui ressemble un tant soit peu ».

Tant d’autres surprises, encore, et surtout un art du pas de côté qui déploie le De Gaulle de 1940 à Brazzaville, « capitale de la France libre », tandis que le putsch de Pinochet au Chili devient une date de l’histoire de France au travers de la question brûlante des réfugiés… Le résultat réjouit à double titre. Outre le fait de voir à nouveau des historiens en plein cœur de l’arène, toréadors effrontés du débat public, force est de constater la justesse malicieuse de leurs intuitions, le caractère jubilatoire de leurs variations d’accords ainsi que l’improvisation de haute volée opposée aux vieux tubes rancis et immuables chers aux prophètes du déclin.

Histoire mondiale de la France, sous la direction de Patrick Boucheron (Le Seuil). À suivre dans notre « Focus sur le monde », sur TSFJAZZ, du 6 au 10 mars, à 6h30 et 8h




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