La Mort de Danton (Théâtre de la Bastille)

Chansonniers en errance au Théâtre de la Bastille. Après les criailleries invasives de Joël Pommerat, c’est François Orsoni qui paraît bien en peine d’éclairer sous un jour nouveau les espoirs et les affres de la Révolution Française. On n’était pas certain, à vrai dire, que la fantaisie néo-punk et la fougue de ce metteur en scène, si opérationnelles lorsqu’il s’agissait de porter à la scène une œuvre de jeunesse de Brecht, (Jean la Chance, janvier 2009…) soient réellement adaptées à des textes majeurs du théâtre moderne, notamment au travers de leurs questionnements politiques.

Écrite en 1835, La Mort de Danton, de Georg Büchner, a déjà inspiré des mises en scène exceptionnelles. Spectres harassés sous la direction de Georges Lavaudant, idoles défroquées du côté de Christoph Martaler, boules de nerfs chez Jean-François Sivadier, Danton et Robespierre ont également donné lieu sur grand écran à un chef d’œuvre de Wajda pas si manichéen qu’on l’a seriné à l’époque. Métaphysique du couperet, collision de tempéraments et de conceptions de la vie, dialectique résistance/épuisement de tout cycle révolutionnaire… Voilà bien un récit universel amplifié par la sombre beauté du texte.

Qu’en reste-t-il, sous la conduite quelque peu hésitante de François Orsoni ? Des profils confus, une certaine difficulté à saisir la force des personnages (surtout lorsqu’un même acteur en interprète plusieurs…), un propos aussi ramassé qu’étriqué ou encore des gadgets pseudo-modernes qui n’allègent en rien ce pensum en dispositif bi-frontal. Danton porte des lunettes de rocker, Saint-Just une grande cape d’inquisiteur pouvant faire penser à un illuminé de Daech, Camille Desmoulins est inexistant.

Quant à Robespierre, à le voir si balourd, on regretterait presque cette rigidité livide à laquelle l’ont réduit d’antédiluviens clichés. En guise de climax dans la distanciation, des intermèdes chantés sont censés rythmer l’ensemble. Ils l’obscurcissent encore d’avantage, La Marseillaise de Rouget de Lisle prenant inopinément l’allure d’une variétoche bien tiédasse.

La Mort de Danton, mise en scène par François Orsoni, au Théâtre de la Bastille jusqu’au 4 mars.




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