Chez nous

« Je suis une comédienne, pas un abat-jour! »… Brillante réponse de Catherine Jacob au journaliste qui pensait faire son intéressant en lui demandant comment elle se sentait dans la peau d’Agnès Dorgelle, le sosie blondasse de Marine Le Pen qu’elle incarne dans le nouveau film de Lucas Belvaux.

Elle a tellement raison… « Comment vous sentez-vous dans la peau de… », c’est une question à la con. Comme si le comédien, devant son personnage, devait mettre son âme au garde-à-vous alors qu’il s’agit d’abord de bien dire son texte. Et surtout d’être crédible. Catherine Jacob fait le job. Froideur, accents maternels, facilité à rudoyer ses troupes et à câliner ses proies en fonction des circonstances…  L’ex-petite bonne un peu balourde de La Vie est un long fleuve tranquille nous procure l’effroi nécessaire à l’idée que la vraie personne derrière son personnage accède un jour à l’Elysée.

Chez Nous, on l’aura compris, est une œuvre de combat, et le FN peut fort bien s’en indigner, même si la manière avec laquelle cette formation a pété un câble avant même d’avoir vu le film en dit long sur ses rapports avec le monde de la culture. À quoi tiennent, dés lors, nos réserves ? Sans doute au manque d’audace de Lucas Belvaux face au roman dont il s’est inspiré jusqu’à recruter son auteur comme scénariste.

Dans Le Bloc, Jérôme Leroy signait un thriller glacé, déroulant en une seule nuit et un seul lieu trois décennies de coups bas ayant porté l’extrême-droite là où elle est aujourd’hui. Il se glissait dans la peau des salauds, à la première personne du singulier, tout en se payant le luxe de faire de l’un d’eux un fan de Jean-Luc Godard. Dans l’ombre, déjà, le lecteur repérait Agnès Dorgelle, cynique et envoûtante…

Il n’y avait pas, en revanche, dans le roman, ce personnage d’infirmière nordiste joué par Émilie Dequenne et qui passe bien vite du statut de jeune femme issue d’une famille communiste à celui de recrue du « Bloc Patriotique » pour les municipales. Quant au personnage de Stanko, le skinhead spartiate et gay sacrifié sur l’autel de la respectabilité du mouvement, il n’était pas réduit, comme dans le film, à devenir l’amoureux transi et peu intéressant de l’infirmière en question.

Ces raccourcis et autres grosses ficelles narratives sont autant de regrets. Lucas Belvaux a signé de si beaux films noirs dans le passé. Pourquoi n’a-t-il pas adapté d’un bloc ce « Bloc » de l’ami Jérôme Leroy ? La mécanique politique des populismes qu’il décortique au scalpel et sur un très bon rythme conforte évidemment l’utilité du film. Son réalisateur à cependant mieux à faire que de prêter prise aux questions du genre: comment vous sentez-vous dans la peau d’Yves Boisset ?

Chez Nous, Lucas Belvaux (Sortie en salles ce mercredi)




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