We Free Queens

Deux solutions en ce début d’année pour que le monde soit un peu moins invivable : la marche des femmes contre Donald Trump, le groove de Rhoda Scott et de son Lady Quartet. Sur les trottoirs de Washington comme sous les voûtes du Sunset, une même vitalité au féminin pluriel, une pure résistance à la laideur, l’arrogance et la mégalomanie, trois mots non masculins méchamment investis, ces temps-ci, par le paraît-il sexe fort.

Elles, les reines libres. We Free Queens, qui renverse malicieusement le titre d’un célèbre album de Roland Kirk, met d’abord à l’honneur le sans-faute d’une organiste de légende. Fille de pasteur itinérant native du New Jersey, Rhoda Scott a joué en club à Harlem avec Count Basie avant d’accompagner Ella Fitzgerald et Ray Charles. Pas blasée pour un sou, elle a perfectionné son art en suivant les cours de Nadia Boulanger et elle a tant aimé la France qu’elle a fini par y résider. Tout, chez elle, respire l’authenticité et la chaleur: son sourire, son accent, son swing vigoureux,  sa « gospel attitude », pieds nus sur le pédalier. « Elle a l’orteil absolu », disait l’un de ses musiciens…

Pieds nus et au pied levé ! C’est en remplaçant à l’improviste Abbey Lincoln lors d’une Ladies Night à Jazz à Vienne, en 2004, que Rhoda Scott, sur les conseils de Jean-Pierre Vignola, s’est entourée de musiciennes. Sophie Alour et Julie Saury étaient déjà en piste. Airelle Besson, partie pour d’autres belles aventures, a été remplacée par Lisa Cat-Berro tandis qu’un autre parrain en la personne de Stéphane Portet a accompagné ce Lady Quartet dans son club, le Sunset, puis sur son nouveau label.

Orgue, batterie, sax ténor et alto… Ça pulse, ça pulpe, ça agglomère ! Géraldine Laurent s’invite dés les premiers morceaux , Anne Paceo se met aussi aux baguettes et Julien Alour s’offre un beau plan-incrust dans la jam aux dames de One By One (reprise des Jazz Messengers)  ainsi que dans le What I’d Say de Ray Charles à l’ambiance live si prenante. Et cette sonorité à l’orgue tellement envoûtante… Elle prend à merveille la relève de la mélodie si parfaitement « chantée » par Sophie Alour au saxo sur le tempo poignant de Que Reste-t-il de Nos Amours ? avec en coda les frissonnants balais de Julie Saury.

Trois autres temps forts:  Rhoda’s Delight où c’est bien Lisa Cat-Berro cette fois-ci qui fait des étincelles avec une compo offerte à toutes les lignes de sax (re-featuring Géraldine Laurent…), Valse à Charlotte et son tourbillon continu tandis que sur Joke le souverain solo que signe Sophie Alour transcende ce qui est sans doute le climax de l’album. Avec de telles reines de cœur, on tient bien là le plus bel album de ce début d’année.

We Free Queens, Rhoda Scott et son Lady Quartet (Sunset Records). Concert au New Morning, à Paris, le 16 mars. Journée spéciale sur TSFJAZZ le 8 mars.




2 réponses à “We Free Queens”

  1. Marc Arondel dit :

    Bonjour Laurent,

    J’ai beaucoup apprécié votre article. Il rejoint ma conviction que l’avenir du jazz appartient aux femmes.

    Rhoda Scott est venue avec son Lady Quartet en juillet dernier à Saint Etienne les Orgues. J’en avais rendu compte à cette occasion sur mon blog intitulé « Le Coeur qui Jazze, avec en l’honneur de Rhoda toute une série consacrée aux légendes du Hammond B3.

    http://coeurquijazze.blogspot.fr/2016/07/du-grand-art-du-grand-jazz-rhoda-scott.html
    http://coeurquijazze.blogspot.fr/2016/07/deuxieme-festival-de-jazz-saint-etiene.html

    Cordialement

    Marc Arondel

  2. admin dit :

    Merci Marc. J’avais jeté un œil sur votre blog.
    Il m’a en partie inspiré;)