Silence

Ce n’est qu’un second rôle mais sa présence fait tilt. Dans le nouveau Scorsese, on croise l’acteur qui joue Mance Ryder, le sauvageon en chef de Game of Thrones traîné au bûcher et dont Jon Snow abrège les souffrances. Ici, il joue un supérieur des Jésuites beaucoup plus tempéré, à l’instar du renversement opéré par le réalisateur de Taxi Driver depuis les bacchanales survitaminées du Loup de Wall Street.

Après le Viagra, l’hostie ? À vrai dire, Silence est d’une tonalité bien plus déroutante pour le grand public. En adaptant un roman-culte de Shusaku Endo qui le hantait depuis belle lurette, Scorsese renoue avec sa veine mystique, celle de l’ancien Italo-Américain viré du séminaire à 15 ans et qui, de Mean Streets (avec cette devise en voix off, « On ne rachète pas ses fautes à l’église, mais dans la rue »…) à La Dernière Tentation du Christ, a souvent taquiné à sa manière le silence de Dieu.

Le voici donc cheminant dans le Japon du 17e siècle au côté de deux jeunes missionnaires portugais (Andrew Garfield, exalté à souhait; Adam Driver, beaucoup moins convaincant que dans Paterson…) à la recherche d’un autre prêtre disparu (Liam Neeson) dont il se murmure qu’il aurait renié sa foi pour sauver sa peau dans une période où les Chrétiens se faisaient persécuter. Cette quête du mentor renégat peut rappeler Apocalypse Now, mais au-delà de quelques supplices chinois reconfigurés en japonaiseries sanglantes, la mise en scène, somptueuse, se veut d’abord contemplative.

Elle reflète en tous les cas toute l’admiration de Scorsese pour un certain cinéma asiatique. Sur le fond, le propos est plus ambigu. L’apostasie, autrement dit le fait de renoncer à sa croyance, est vue comme l’ultime sacrifice de ceux qui, au fond d’eux-mêmes, restent fidèles à leur foi. Le film n’accorde ainsi aucun crédit à l’hypothèse selon laquelle certains de ces missionnaires, pris par le doute ou alors gagnés par le protestantisme naissant, auraient préféré la culture japonaise aux fastes de l’Église. D’autres historiens, quant à eux, ont mis en évidence les liens entre l’action des missions dans l’Empire du Soleil Levant et le commerce triangulaire entre le Portugal, la Chine et le Japon.

Ce n’est pas là le propos de Martin Scorsese et après tout, il en a bien le droit. Dans l’écrin à la fois poétique et rutilant où se déploient ses bondieuseries, le cinéphile sera d’abord sensible à l’envie de liberté du réalisateur et au souffle qu’il parvient à insuffler à un récit dont les enjeux peuvent nous paraître lointains. En ce sens, Silence est un film beaucoup plus jeune d’esprit que Le Loup de Wall Street.

Silence, Martin Scorsese (Sortie en salles le 8 février)




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