La La Land

La La Land ou tralala Land ? Programmé pour finir sur la plus haute marche des Oscars, le nouveau film de Damien Chazelle se vautre allègrement dans la dictature du bon goût. Délire critique, marketing irrespirable… Revêtu d’aussi beaux habits de soirée, Hollywood ne cracherait pour rien au monde sur le miroir qui lui est ainsi tendu. The Artist, le retour…

Et tant pis si l’intrigue est d’une consistance rachitique. Elle, actrice en galère; lui, pianiste raté. Ils dansent, ils chantent, ils s’aiment. Ou plutôt, ils se sont aimés. Eh oui, ma bonne dame, la vie n’est pas un conte de fée ! Le souci, c’est que la mélancolie à la sauce vintage, c’est un peu l’archéologie du 7e art. Le Café Society de Woody Allen s’en était autrement (et brillamment) fait l’écho dans une période récente.

Il nous reste, bien sûr, des thèmes musicaux entraînants, des couleurs chatoyantes, des envolées de mise en scène qui peuvent en mettre plein les yeux. Il nous reste Los Angeles enduite de vernis, façon Coppola dans Coup de coeur, ainsi qu’une séquence d’ouverture sur une autoroute embouteillée qui fait illico penser à Jacques Demy.

On est en même temps loin du compte, et pas seulement parce que référence rime trop, ici, avec révérence. Quant au côté âge d’or de la comédie musicale, force est de constater que les numéros chantés ou dansés ne sont pas si abondants ni du meilleur effet. Maladroits et décalés, les deux comédiens principaux freinent l’élan. Emma Stone produit des mimiques agaçantes, Ryan Gosling n’a pas l’air d’avoir compris dans quel genre de film il joue. Sans passé, sans allure, leurs personnages vivotent dans un académisme de bluette.

Dernier bémol, ou plutôt dernière casserole: le jazz, réduit à des clichés rapiécés, comme en témoigne l’évolution du personnage de Gosling arraché à une pseudo-authenticité qu’est censé résumer un bon vieux Black bien dodu. Pauvre musicien blanc contraint, pour survivre, à se prostituer musicalement dans une soupe commerciale moins syncopée… Passé, avenir, Damien Chazelle dresse des murs entre les deux. Dans le si prenant et contemporain Whiplash, il trempait la note bleue dans le vitriol. Avec La La Land, il la plonge dans le formol. On peut craindre, hélas, que le « milieu » du jazz lui en tienne beaucoup moins rigueur.

La La Land, Damien Chazelle (Sortie en salles ce mercredi)




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