American Honey

Ado rebelle déjà bien engluée dans le blues white trash, Star a mieux à faire que de vider les poubelles de magasin pour remplir le frigo d’une famille déglinguée. Ces fêtards de première qu’elle a repérés dans leur mini-camion, ces baladins bonimenteurs qu’ils soient filles ou garçons, ces nouveaux Hobos sillonnant l’Amérique profonde sous prétexte de lui refourguer des abonnements à des magazines sans intérêt, on dirait bien l’anti-sinistrose assurée.

Et peut-être aussi, en bonus, les dernières volutes du rêve américain. La route, la liberté, l’insouciance peace & love à l’ère du hip-hop… La miss peu farouche est prête à en faire son nouveau nid itinérant, surtout lorsque le plus charmeur de la bande (Shia Labeouf, déjà si marquant dans Nymphomaniac…) lui fait les yeux doux.

Kerouac au 21e siècle ? La réalisatrice britannique Andrea Arnold en tisse et détricote l’utopie sur la durée (2h40), livrant une œuvre aussi palpitante que désenchantée. Du groupe d’amis rêvés n’émergent finalement que des silhouettes, le prince charmant vire maquereau (et imite fort bien le cri du loup-garou) et les grands espaces américains sont filmés en format carré.

La fureur de vivre, surtout, bute déjà sur les années Trump. Ménagères pavillonnaires en plein trip religieux, vieux cowboys et foreurs de pétrole au regard lubrique, gosses dysfonctionnels chantant I Kill Children… Les jeunes marginaux ambulants du film ne sont pas moins carnivores, notamment lorsqu’il s’agit d’humilier les vendeurs les moins efficaces.

Andrea Arnold ne s’enfonce pas dans le glauque pour autant. Bien au contraire, sa caméra est toute en énergie solaire, arrimée à son héroïne, multipliant des fragments de visions sensorielles, voire panthéistes… Un ours passe, qui ne ferait pas de mal à une mouche. Une guêpe est rendue à sa liberté. Entre deux symboles chamaniques, on rêve de se faire construire une maison sous les arbres, on chante « Nope.. Yup… Everybody got choices ! », du rappeur E-40. L’Amérique est cruelle, oui, mais elle encore bien du cœur à revendre.

American Honey, Andrea Arnold, prix du Jury à Cannes (Sortie en salles le 8 février)




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