Ibrahim Maalouf à Bercy

Quatre heures de folie, de frissons et d’émotions… Quatre heures, oui, à peine entrecoupées d’une pause de 20 minutes pour un grand mix de tout ce qui compose l’univers d’Ibrahim Maalouf.

Trois images glanées au passage… Déjà ce portrait de Miles Davis dont on entend les premiers accords d’Ascenseur pour l’échafaud tandis qu’Ibrahim Maalouf enchaîne en fondu sonore sur Waiting, extrait de l’album Wind où il lui rend hommage. Duo post-mortem entre les deux seuls trompettistes de jazz qui, à plus de trente ans d’intervalle, ont enflammé Bercy.

Autre temps fort, cette batucada endiablée en début de 2eme partie avec des amazones qui font battre les tambours dans un Bercy en transe. Les cœurs, aussi… Et puis cette apparition, parmi les invités d’Ibrahim Maalouf, de deux des ambassadeurs les plus mythiques de la musique malienne, Amadou et Mariam. Ils avaient offert au trompettiste son premier cachet. Nouvelle fiesta, du coup, Le Dimanche à Bamako

Miles, les tambours de Bercy, Amadou et Mariam… Cela en jette sur tous les entrecroisements dont est capable la vedette de la soirée, avec en bonus cette « émotion au taquet », comme il le dit lui-même, de se retrouver devant une marée humaine de 16000 personnes sur laquelle scintillent des faisceaux rouges, et lui carrément déchaîné sur scène, parvenant à la fois à se raconter à la première personne du singulier avec ses interventions au micro tout en faisant chanter, danser et chavirer la salle.

Tout, en fait, était démesure hier soir à Bercy. Démesure orchestrale, surtout, avec des morceaux qu’on croyait connaître par cœur avant d’être réarrangés par Dominique Spagnolo, chef d’orchestre à l’opéra de Massy, avec notamment le concours de 65 jeunes choristes de Massy et Grigny. Ils sont, à un moment, près d’une centaine de musiciens sur scène lorsque, sur True Sorry, le trompettiste invite ses élèves et anciens élèves du conservatoire où il enseigne.

Emotions au pluriel, vraiment… Notamment sur Will Soon Be A Woman, dont Ibrahim rappelle que ce fut son premier succès grâce à « une radio ». Il ne dit pas laquelle, mais ce tribute express nous va droit au cœur, tout comme les impros groove sidérantes aux claviers de notre Eric Legnini à nous, sur TsfJazz. On sait qu’il a fait partie de la team de Red & Black Light.

Et puis survient le morceau tant attendu. Beyrut. Sauf qu’hier soir, Ibrahim Maalouf trouvait que c’était « un peu indécent », en ce moment, de jouer un morceau intitulé Beyrut. Alors il l’a rebaptisé Alep. Jusqu’à en accentuer la dimension de recueillement mais aussi l’explosion finale. Sur Twitter, quelques minutes plus tard, ce message d’un spectateur: « Ce soir, pour la première fois de ma vie, j’ai entendu une trompette pleurer. »

Ibrahim Maalouf à l’AccorHotels Arena (ex-Palais Omnisports de Paris-Bercy), mercredi 14 décembre.




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