Le roman du jazz 2016

L’Amérique que nous avons tant aimée a cessé de swinguer après l’élection de Donald Trump, l’un des plus beaux festivals de l’hexagone a été annulé après une nuit d’horreur à Nice, et le jazz n’a pas seulement pleuré cette année Bobby Hutcherson, Toots Thielemans et Gato Barbieri, mais aussi ses meilleurs amis comme David Bowie et Prince. Brad Mehldau, heureusement, a signé l’un de ses plus beaux albums. Voici le « roman du jazz 2016″, en lien avec la soirée You & The Night & The Music organisée ce lundi soir à l’Olympia à l’initiative de TSFJAZZ

JANVIER 2016

-Voyages, voyages… Cette rentrée de janvier est une pure rentrée de globe-trotters… La trompette d’Érik Truffaz du côté de l’Afrique, la soul brésilienne d’Ed Motta, la poésie amérindienne d’Henri Texier qui transcende ses Sky Dancers… Raphaël Imbert, quant à lui, nous ramène, avec Music is my Home. un carnet de voyage ancré dans le sud des Etats-Unis.

-Quand le jazz perd son meilleur ennemi…  Respect, évidemment, pour l’immense Pierre Boulez… Le jazz qui perd aussi un ami, David Bowie… Il s’était entouré de musiciens férus de notes bleues dans son ultime album, Black Star… Dernier silence, aussi, pour le pianiste Paul Bley qui aimait à dire que «la musique est un substitut à la lumière du soleil »…

-L’édition des 25 ans pour Sons d’Hiver, le festival val-de-marnais ne renonçant pour rien au monde à sa vocation transversale, créative et ouverte à touts les cultures. C’est Muhal Richard Abrams, fondateur de l’AACM, le grand mouvement avant-gardiste de Chicago, qui en donne le coup d’envoi à Vincennes.

-Janvier 2016, c’est également Christiane Taubira qui largue les amarres du ministère de la Justice pour pouvoir enfin jazzer en paix… C’est aussi cette curieuse étude de chercheurs américains sur la musique et l’odorat. Où l’on apprend notamment que le jazz est associé à l’odeur du café, le gamelan javanais au clou de girofle tandis que le heavy metal sent carrément le poisson !

FEVRIER 2016

-La consécration pour Cecile McLorin Salvant… La chanteuse remporte le Grammy Award du meilleur album de jazz vocal pour For One To Love, paru sur le label Mack Avenue… Des Grammy qui consacrent également le guitariste John Scofield

-Consécration également pour le trompettiste Avishai Cohen que le prestigieux label ECM accueille avec Into The Silence, un album-hommage à son père disparu sublimé en quartette, entre grâce et délicatesse.

-L’Académie du Jazz souffle ses 60 bougies en beauté lors d’un grand concert All Stars au Théâtre du Châtelet. Côté palmarès, c’est le jeune pianiste Paul Lay qui reçoit le prix Django Reinhardt du meilleur musicien de l’année.

-Février 2016, ce sont également les climats rêveurs de Anne Paceo dans son nouvel opus, Circles, Wynton Marsalis sur la scène de l’Olympia tandis que Blue Note propulse le saxophoniste Logan Richardson avec un disque dans lequel figure un certain Pat Metheny.

MARS 2016

-C’est le grand retour de Kenny Barron ! Avec Book of Intuition, sorti sur le label Impulse, ce maître du piano jazz, aussi discret qu’essentiel, élève l’art du trio au gré d’un swing radieux, élégant et virtuose, avec dans la foulée un très beau concert parisien au New Morning.

-Le Label Bleu souffle à Amiens ses 30 bougies, fort d’une odyssée à la fois tumultueuse et emblématique, du temps où le jazz était encore soutenu par une politique culturelle volontariste…

-Deux événements dans nos librairie ! Les mémoires de Duke Ellington, enfin traduites en français, et l’incroyable odyssée des  Fous du son telle que la revisite Laurent De Wilde avec une somme incontournable sur tous ces génies qui ont marié musique et électricité.

-Mars 2016, c’est également le premier album de Lou Tavano, nouvelle sensation du jazz vocal, Patrice Caratini qui fête ses 50 ans de carrière au Théâtre du Châtelet et puis aussi ce double adieu au batteur/percussionniste Jacques Mahieux repéré notamment au côté d’Henri Texier ainsi qu’à cet archange du berimbau qu’était le Brésildien Nana Vasconcelos.

AVRIL 2016

-La disparition d’une icône… Le chanteur Prince est retrouvé mort dans son studio d’enregistrement. Son style hors format, sa puissance créative et sa modernité en avaient fait l’une des figures les plus incontournables de la Great Black Music… Miles Davis disait de Prince qu’il était le Duke Ellington d’aujourd’hui…

-Le dernier Jazz Day de l’ère Obama... Lors d’un discours prononcé dans les jardins de la Maison Blanche à la veille de la Journée Internationale du Jazz, Barack Obama rappelle à quel point le jazz, « plus peut-être que toute autre forme d’art, s’inspire clairement d’une forme d’esprit américain »...

-Elle l’appelle le Roi René et elle n’est pas la seule… La romancière Agnès Desarthe célèbre le pianiste René Urtreger dans un récit extraordinairement touchant, dédié à la flamboyance mais aussi aux battements de cœur de l’inoubliable pianiste de Ascenseur pour l’Echafaud.

-Avril 2016, c’est également le dernier tango de Gato Barbieri,  un joli tournant musical pour le clarinettiste Yom qui célèbre l’exil américain de son père dans Songs For The Old Man, des inédits de Michel Petrucciani retrouvés par le pianiste Franck Avitabile ou encore le succès de l’album Autour de Chet qui associe des trompettistes et des chanteurs sur des thèmes de Chet Baker.

MAI 2016

-Sa voix chaude et profonde nous manquait tellement depuis son dernier succès, Liquid SpiritGregory Porter, retourné en Californie, n’a rien perdu de ses talents avec Take Me To The Alley, un album labellisé Blue Note qui met plus que jamais en évidence son talent inné à transcender les genres…

-Eux aussi transcendent les genres, quitte à en énerver certains… Les Snarky Puppy ont plus que jamais le vent en poupe avec leur nouvel opus, Cucha Vulcha… Jazz ou pas jazz ? Quand les vieux débats ronronnent à nouveau, les Snarky, eux, se contentent de faire vibrer toutes les salles où ils passent en concert…

-À son enterrement, un orchestre reprend Minnie The Moocher, de Cab Calloway, avant d’entamer une version en jazz de L’Internationale… Tel était Siné, caricaturiste hâbleur, décapant, controversé, et qui ne croyait à rien… sauf au jazz !

-Mai 2016, c’est également la joie de réentendre la voix de Leyla McCalla au croisement d’Haïti et de la Nouvelle-Orléans, les concerts qui reprennent au Jazz Club Étoile de la Porte Maillot ou encore le cru 2016 d’un Woody Allen toujours aussi enfiévré de notes bleues avec son brillantissime Cafe Society en ouverture du festival de Cannes…

JUIN 2016

-Django sauvé des eaux ! À Samois-sur-Seine ou plutôt à la Seine sur Samois vu la montée des eaux, les organisateurs du festival Django-Reinhardt ne disposent que de quelques jours pour « remettre à flot » l’événement en le délocalisant dans le parc de Fontainebleau. Un pari gagné haut la main grâce à l’abnégation des bénévoles…

-Brad Mehldau tout en ballades dans ce qui est peut-être l’un des albums les plus accomplis de sa déjà si belle discographie, Blues & Ballads. Au firmament d’un trio cristallin, sept morceaux écrits par d’autres renaissent sous une lumière douce et ardente à la fois.

-Leur fureur de vivre faisait écho à celle de St-Germain-des-Près et ils ont « improvisé » toutes sortes de transgressions sur fond de jazz, de voyages et de contre-culture… Les figures de proue de la Beat Generation, le trio Kerouac/Ginsberg/Burroughs en tête, s’exposent au Centre Pompidou, à Paris…

-Juin 2016, c’est également cette vague BadBadNotGood venue de Toronto dont le nouvel opus subjugue la TSFJAZZ Team, une autre vague -celle de Chicago- avec Makaya McCraven et Marquis Hill, mais aussi Charles Lloyd qui ouvre le 50e Montreux Jazz Festival dont il avait inauguré la première édition au côté, notamment, d’un certain Keith Jarrett…

JUILLET 2016

-“The show must go on”, on ne peut plus… Une attaque terroriste au camion-bélier fait 86 morts sur la Promenade des Anglais, à Nice, le soir du 14 juillet. Le Nice Jazz Festival, qui devait débuter deux jours plus tard, est aussitôt annulé, ainsi que les premières dates de Jazz à Juan

-Quand la crème du jazz hexagonal se retrouve bloquée à Istanbul suite à une tentative de coup d’État dans le pays.. Sueurs froides mais dénouement positif pour Airelle Besson, Thomas Enhco, Émile Parisien, Anne Paceo et Vincent Peirani.

-Un ovni sur la planète jazz…. Jacob Collier, jeune surdoué britannique adoubé par Quincy Jones, fait sensation à Jazz à Vienne… Seul en scène avec huit instruments et  assurant à la fois rythmique et partie vocale, ce joyeux luron réinvente  à sa manière la notion d’homme-orchestre…

-Juillet 2016, c’est également le label Verve qui rassemble des pistes studio inédites de Charlie Parker, Keith Jarrett qui plaisante devant son public à Bordeaux avant d’exploser de colère à Munich  ainsi que les Victoires du Jazz 2016 qui couronnent Anne Paceo, Sylvain Rifflet et Laurent Coulondre.

AOÛT 2016

-Quand Ahmad Jamal sort de sa retraite… A 86 ans, le pianiste fait à nouveau l’événement au festival Jazz in Marciac, partageant la scène avec le rappeur Abd Al Malik tout en donnant à entendre des titres de son prochain album qui sera dédié à la ville de Marseille…

-Trois géants de la note bleue nous quittent en ce mois d’août: Bobby Hutcherson, le vibraphoniste mythique des années Blue Note, Blue Note qui perd aussi son ingénieur du son historique, Rudy Van Gelder tandis que la Belgique pleure Toots Thielemans qui avait donné à l’harmonica ses lettres de noblesse…

-La rentrée d’automne, elle commence déjà au mois d’août… Du moins sur les platines de TSFJAZZ avec les belles retrouvailles entre Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo dans Mother.

-Août 2016, c’est également l’adieu à Michel Butor, grande figure du Nouveau Roman douée par dessus tout d’une touchante sensibilité jazzistique. C’est aussi les premiers échos à la Mostra de Venise d’un film méga-glamour dont on devrait beaucoup parler en 2017, La La Land, la comédie musicale de Damien Chazelle, le réalisateur de Whiplash, avec au générique Emma Stone et Ryan Gosling…

SEPTEMBRE 2016

-Plusieurs temps forts au festival Jazz à la Villette… Le retour tout d’abord du « coltranien » historique McCoy Tyner, les 30 ans de l’ONJ, l’Orchestre National de Jazz, et le nouveau phénomène Shabaka Hutchings , un saxophoniste londonien qui revitalise une sorte d’afro-futurisme, aussi bien en leader qu’avec son groupe Sons of Comet

-Les coups de cœur sont nombreux en cette rentrée sur notre antenne… le groove fringant de Ben Wendel, la voix espiègle et sensuelle de Kandace Springs, les cantiques profanes de Madeleine Peyroux, le clavier à nouveau si précoce de Joey Alexander, ou encore le si intègre et voyageur Rebirth de Samy Thiébault

-TSFJAZZ perd l’un de ses piliers, Amar Abdelkrim, notre ancien rédacteur en chef… « voix singulière et rythmée, présence discrète, courtoise et efficace », tweete Christiane Taubira…

-Septembre 2016, c’est également la réouverture de la salle Pleyel et de l’Elysée-Montmartre, Tony Bennett qui fête en beauté ses 90 ans tandis que Barack Obama inaugure à Washington le premier musée consacré à l’histoire africaine-américaine.

OCTOBRE 2016

-Non content de sortir un superbe nouvel album, Riddles, au côté de Ray Lema, le pianiste Laurent de Wilde prend les commandes de Portrait un Jazz, l’une de nos émissions-phare sur TSFJAZZ.

-David Bowie for ever… Le saxophoniste Donny McCaslin, qui l’avait accompagné dans son ultime album, Black Star, lui rend hommage dans Beyond Now, un disque qu’il vient notamment présenter à Paris au Duc des Lombards…

-C’est la grande expo de cet automne. Au musée du Quai Branly, à Paris, et en plein 50e anniversaire de la naissance des Black Panthers, le public découvre « The Color Line : les artistes africains-américains et la ségrégation », un événement piloté par Daniel Soutif, à qui on devait déjà l’expo « Le Siècle du Jazz ».

-Octobre 2016, c’est également le retour si rassurant, après des rumeurs alarmantes au printemps,  du trompettiste Roy Hargrove sur la scène du New Morning ainsi qu’au Nancy Jazz Pulsations. Autre retour, celui de la pianiste et chanteuse d’origine arménienne Macha Gharibian avec Trans Extended, l’un des albums les plus voyageurs de l’année…

NOVEMBRE 2016

-Herbie Hancock se confie à Jazz Magazine après le séisme politique du 8 novembre aux Etats-Unis: « L’élection de Donald Trump a un côté irréel. C’est difficile à croire. C’est notre Brexit à nous« … « J’espère qu’il saura écouter ceux qui savent ce que lui, peut-être, ne sait pas« .

-Deux festivals incontournables en ce mois de novembre… Celui du label Blue Note, à Paris, emmené par Norah Jones qui cartonne à nouveau avec son nouvel album, Day BreaksWayne Shorter, quant à lui, domine l’affiche du Monte-Carlo Jazz Festival…

-Un Maestro à Paris ! Coffret CD voluptueux, rencontre à la Cinémathèque, légion d’honneur et, bien évidemment, émission spéciale sur TSFJAZZ… Le pianiste argentin et compositeur de B.O cultes Lalo Schifrin est fêté comme il se doit…

-Novembre 2016, c’est également l’adieu au swing-blues tellement feutré de Mose Allison ainsi qu’à l’une des divas les plus attachantes de la planète soul/funk, Sharon Jones. Au même moment, une partie de l’équipe de la radio découvre l’incroyable vie nocturne israélienne en marge de l’International Showcase Music qui se déroule à Jérusalem.

DECEMBRE 2016

-Il n’a jamais été aussi Live ! Ibrahim Maalouf s’apprête à remplir la plus grande salle de concerts de Paris, Bercy (Accorhôtels Arena). Il est même obligé de rajouter un Zénith pour combler ses fans, toujours plus nombreux par ailleurs à s’offrir son dernier-né discographique reprenant 10 ans de concerts live, avec notamment une version inoubliable de La Javanaise, à l’Olympia, au coté de Juliette Gréco.

-TSFJAZZ établit son palmarès annuel 2016 avec, tout en haut du podium, l’album du trompettiste Avishai Cohen chez ECM. Donny McCaslin et Ben Wendel s’imposent comme les claques new-yorkaises de l’année tandis que Yom et Brad Mehldau nous ont le plus émus… Deux surprises: l’unanimité, ou presque, autour du jeune groupe canadien Badbadnotgood et le très bon classement, également, de la chanteuse Lou Tavano.




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