Baccalauréat/Personal Shopper

Les portables n’en finissent plus de vibrer dans les deux films qui ont obtenu, ex æquo, le prix de la mise en scène au festival de Cannes. C’est d’ailleurs bien le seul type de vibration dont cette partie malheureuse du palmarès peut se targuer tant Cristian Mungiu et Olivier Assayas passent à côté de leur sujet.

Le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours éprouve décidément bien des difficultés à retrouver le souffle, la puissance d’émotion et l’authenticité à la manière des frères Dardenne qui lui ont valu la palme d’or en 2007. Non pas que la maîtrise formelle soit absente de Baccalauréat. Elle en est plutôt presque étouffante, au diapason de la cascade de tourments qui tombent sur la tête d’un médecin quinquagénaire autour duquel s’organise le film et dont l’intégrité est mise à mal. Surtout lorsqu’il s’obstine à procurer à sa fille le précieux diplôme censé lui permettre de poursuivre ses études à Cambridge alors même qu’une agression sexuelle a diminué ses capacités.

De « petits services » en malversations, c’est bien la corruption qui gangrène la Roumanie post-communiste que Mungiu ausculte avec un diagnostic posé d’emblée. Si bien que le propos devient très vite répétitif, moralisateur et surligné, avec une épaisseur du trait et du symbole qui sature le moindre plan. Et ce portable du médecin, en plus, qui vibre sans arrêt… On ne lui fichera décidément jamais la paix ! Le spectateur s’épuise, lui aussi, à être à ce point sollicité. On gardera en mémoire, à ce propos, le confrère qui, lors de la projection de presse, n’arrêtait pas de prendre des notes dans son carnet. Le cinéma de Cristian Mungiu, on l’aura compris, ne laisse prise à aucun sentiment d’abandon.

Carnet de notes désespérément dégarni, en revanche, à la vision de Personal Shopper qui restera ce que Olivier Assayas a produit de plus navrant (à égalité avec Après Mai) dans une œuvre au demeurant fort estimable. Difficile, à vrai dire, de faire mieux dans le genre coquille vide au travers des pérégrinations de la malheureuse Kristen Stewart réincarnée -ou plutôt désincarnée- en médium au prises avec son défunt jumeau dans une maison hantée. Même pas peur… Car tout- y compris l’effroi- est dématérialisé dans l’odyssée de cette employée qui passe son temps à acheter les dernières fringues à la mode pour sa patronne, laissant entrevoir un monde où tout n’est qu’ennui et artifice.

En cela, la mise en scène est en adéquation avec son propos. Deux moments édifiants, néanmoins, nous arrachent à la torpeur. Le premier voit surgir, au gré de plombants passages Wikipédia, l’inénarrable Benjamin Biolay jouant Victor Hugo en pleine séance de spiritisme. Le second remet en avant ces fameuses vibrations téléphoniques qui ont tant ému le jury sur la Croisette. Au gré d’un aller-retour Paris/Londres, Kristen Stewart fait la causette en SMS avec un inconnu aux intentions peu louables. L’échange de textos avec un numéro masqué, il fallait oser…

Baccalauréat, Cristian Mungiu (le film est sorti mercredi),  Personal Shopper, Olivier Assayas (Sortie le 14 décembre)




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