BadBadNotGood-IV

Un ersatz potache, la vague BadBadNotGood ? La façon dont les quatre jeunes loustics de ce groupe canadien se sont auto-baptisés et leurs poses Boys Band en virée sauna sur la pochette de leur nouveau disque le laisseraient à penser. Toutes proportions gardées, quelqu’un comme Dave Brubeck donnait peut-être pareille impression, jadis, avec son jazz des campus bronzé au soleil du Pacifique. De quoi faire rugir, à l’époque, une certaine intelligentsia de la note bleue dopée à des tourments plus convulsifs et ne jurant que par la Black Attitude.

Ceci étant, c’est moins aux lueurs dorées de la côte Ouest qu’à l’ombre de Toronto la cosmopolite qu’a émergé, il y a quelques années, BadBadNotGood (BBNG, pour les connaisseurs). Et pour ce qui est de la Great Black Music, c’est d’abord sur des titres hip-hop que ce trio d’étudiants en jazz -Matthew Tavares aux claviers, Chester Hansen à la basse et Alexander Sowinski aux drums, avec en renfort Leland Whitty au sax – a choisi d’exercer ses talents de ré-harmonisation, jusqu’à collaborer, l’an passé, avec la légende du rap américain Ghostface Killah.

Leur 4e opus studio, sobrement baptisé IV, reflète une telle influence, à l’instar du sépulcral Hyssop Of Love dévolu au jeune rappeur de Chicago Mike Jenkins. Un éclectisme aussi composite que magnétisant transcende en même temps cette galette qui lorgne vers une Soul stylée dés le troisième titre, Times Move Slow, joli écrin Stax pour la voix charismatique de Sam Herring, du groupe Future Islands. Plus capiteux encore, le timbre de la Torontoise Charlotte Day Wilson sur un In Your Eyes sublimé par un ajout de flûte et de violon dans l’orchestration.

C’est cette volupté instrumentale aux accents Technicolor mais souvent emprunte de douceur qui emporte l’adhésion. Moins à l’aise sur des rythmes tendus (malgré le concours au baryton de Colin Stetson sur Confessions Pt II…) qui sentent un peu trop le jazzistiquement correct, BBNG exulte d’avantage dans la poésie urbaine et les harmonies suaves de And That Too et Speaking Gently dont les sonorités à l’orgue et aux synthés rappellent l’univers de François De Roubaix.

La langueur nuageuse et inquiète de Chompy’s Paradise, ainsi que les claviers qui soudain s’emballent sur Structure No 3 avant de swinguer tout en délicatesse sur Cashmere -peut-être le climax de l’album- parachèvent le bonheur d’écoute. On l’aura compris, sous ses atours hybrides et facétieux, BadBadNotGood véhicule un syncrétisme au diapason de ce que peut-être le jazz au 21e siècle, bien au-delà d’une blague d’étudiants.

IV, BadBadNotGood (Innovative Leisure)




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