Deux ou trois leçons de snobisme

« Drouant ? Beaucoup d’appelés, peu de lus »Éric Neuhoff dans le texte. Ou plutôt les textes que le romancier et chroniqueur publie régulièrement dans le Figaro Magazine et qu’il a eu la très bonne idée de reprendre dans un ouvrage dont le titre est tout un programme.

Seulement deux ou trois leçons de snobisme ? En vérité, on en trouve bien d’avantage dans ce recueil où un concept souvent décrié, ne serait-ce qu’au souvenir d’une célèbre chanson de Boris Vian, sert de paravent à un esprit résolument salvateur. Le snobisme contre la barbarie, surtout au gré d’une année qui passe par la case 13 novembre. Le snobisme comme arme anti bling-bling. Ça tombe bien. Son représentant le plus éloquent vient d’être lapidé par le peuple de droite. Le snobisme entre nostalgie et mélancolie. En bon disciple de Frank Sinatra et de Scott Fitzgerald, le néo-hussard du Fig Mag excelle dans le genre.

Mais les snobs peuvent aussi décrocher de rudes uppercuts. Olivier Py en prend pour son grade. Robert De Niro aussi, qui n’arrête plus de se déshonorer avec des nanars indignes. Taillée au scalpel (phrases courtes, pas d’adverbe…) et trempant dans le vitriol, la plume d’Éric Neuhoff mord souvent là où il faut. « Passer ses vacances dans un endroit sans festival est devenu un sport extrême », écrit-il, avant de lâcher: « La culture est partout. Elle pousse comme un chiendent ».

Le passage sur la mondialisation vaut également le détour. « Au début, elle amuse et séduit. À la longue, elle ennuie », se désole l’auteur, orphelin d’un temps où les journaux arrivaient à l’étranger avec 24 heures de retard. L’esprit est aussi peu enthousiaste face à l’uniformisation généralisée de la planète qui a vu disparaître la peseta espagnole tandis qu’on parle russe à Courchevel et que les sushis ont envahi les comptoirs parisiens.

Les Parisiennes, heureusement, restent toujours aussi sublimes.  Elles survivront à Paris-Plage et aux couloirs de bus. Visiblement, Neuhoff les imagine mal voter Anne Hidalgo. Vous avez dit réac ? Ne cessant d’osciller entre le terne, le fouettard et l’arrogance, la droite française aurait à vrai dire bien des leçons de snobisme à prendre, elle aussi, pour arriver à la cheville d’un esprit aussi élégant. Désabusé, certes, mais jamais chagrin.

Et bien moins mondain que l’auteur ne serait tenté de le laisser paraître. « Le style ne s’apprend pas. Il s’invente. Être soi-même entraîne un soupçon de discipline. Il faut s’être trouvé un uniforme à usage personnel et s’y tenir. » Ne pas hésiter, par exemple, à raffoler des lumières vertes des pharmacies, la nuit, à Paris… Un peu étrange, comme lubie, sauf à y voir, tel Gatsby, « l’extatique avenir qui, d’année en année, recule devant nous »

Deux ou trois leçons de snobisme, Éric Neuhoff, éditions Écriture. Coup de projecteur avec l’auteur, ce mercredi 23 novembre, sur TSFJAZZ, à 13h30




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