Terreur aveugle

Attention, Masterclass ! Terreur aveugle, que propose Carlotta Films dans un coffret DVD consacré à Richard Fleischer, le trop sous-estimé réalisateur de Soleil Vert, est un bijou de mise en scène dont la ténébreuse musique d’ouverture, signée Elmer Bernstein (à qui on doit aussi la B.O. de L’Homme au bras d’or), annonce la double couleur: noir comme l’univers visuel de Mia Farrow aveugle aux prises avec un serial-killer, rouge comme le bain de sang qui, sans qu’elle s’en aperçoive évidemment, vient d’avoir lieu dans la maison de son oncle et de sa tante…

Rien à voir avec le très efficace mais conventionnel Seule dans la nuit dont Audrey Hepburn était l’héroïne. Pas de cache-cache dans l’obscurité, ici, mais une sanglante pastorale au fin fond d’une campagne anglaise propice à bien des rêveries romantiques. Pas d’explications superflues non plus sur le profil psychologique du tueur. On ne voit d’ailleurs que ses santiags, qui constituent à la fois le mobile du crime (fallait surtout pas les éclabousser, mes jolies bottes !) et le motif récurrent du film, leitmotiv d’autant plus prenant qu’il apparait complètement décalé, in fine, avec le visage du psychopathe.

La mise en scène, entièrement dévolue à une gestion de l’espace sidérante dans le manoir où a eu lieu le crime, joue sur au moins deux tableaux: dans un schéma à la Hitchcock, le spectateur voit le danger autour de la jeune femme qui, elle, ne se doute de rien. Il ignore, en revanche (comme la protagoniste une fois qu’elle a compris ce qui s’est tramé…), si le tueur est toujours dans la maison. Bris de verre, gourmette… Chaque détail, dés lors, à son importance, accentué par une caméra souvent au ras du sol avec un recours astucieux aux grands angles et aux décadrages.

On ne dira rien du final, carrément stupéfiant, sauf à admettre que Mia Farrow, à peine remise de Rosemary’s Baby et de son divorce avec Sinatra, allait endurer bien d’autres tourments sous la direction de Richard Fleischer, jusqu’à se retrouver couverte de boue dans une autre scène d’anthologie. Une chasse aux manouches qui manque de finir en lynchage rajoute à cette merveille de thriller un vernis politique typiquement seventies

Terreur Aveugle, de Richard Fleischer, coffret DVD Carlotta Films (avec également Les Flics ne dorment pas la nuit et L’Étrangleur de Rellington Place). Coup de projecteur avec Nicolas Schaller, critique à l’Obs, ce lundi 14 novembre, sur TSFJAZZ (13h30)




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