Le Client

Il n’est pas sûr qu’avec Le Client, Ashgar Farhadi renouvelle le succès de ses deux précédents films, Une Séparation et Le Passé. Moins conventionnel et plus aride, ce nouvel opus mérite pourtant d’avantage de considération, même si le propos reste emprunt d’une mollesse d’ensemble qui nous a toujours gêné au regard de ce que propose le plus côté des réalisateurs iraniens.

Le scénario, on le saisit d’emblée, travaille sur la notion même de fissure. Un couple qui ne semble plus aller très bien, un appartement en piteux état… Obligés de quitter leur immeuble de Téhéran suite à des travaux, Rana et Emad s’installent dans une habitation guère plus avenante. Jusqu’à l’agression de la jeune femme, dans sa douche. Son époux, qui passerait de prime abord pour l’homme le plus doux au monde, n’a dès lors de cesse que de traquer le coupable, sans l’aide de la police, et avec la conviction qu’il faut surtout viser l’ancien client d’une prostituée qui occupait précédemment l’immeuble.

Une tension sourde maintient l’attention, ainsi que le jeu des deux comédiens principaux. Taraneh Alidoosti, qui joue la jeune femme, aurait d’ailleurs aussi bien mérité le prix d’interprétation à Cannes que son partenaire masculin, Shahab Hosseini. Le dernier tiers du film, centré sur l’agresseur qui ne présente pas le profil escompté, est particulièrement prenant, tout comme la métamorphose du vengeur conjugal en digne représentant d’une masculinité dévoyée, ce qui n’étonnera guère au pays des Ayatollahs.

Difficile, en revanche, de faire l’impasse sur des longueurs et des lourdeurs. Tout le côté mise en abyme théâtrale, notamment… Le couple, de fait, se désagrège peu à peu tout en répétant sur scène Mort d’un commis-voyageur, d’Arthur Miller. Là, on est plutôt dans l’ordre du mille fois vu.

Le Client, Ashgar Farhadi, prix du scénario et prix d’interprétation masculine au festival de Cannes (Le film est sorti hier, mercredi)




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