Tandem

Cela aurait pu très mal finir… Un piano à bretelles et un autre vêtu plus classiquement. L’archange dégingandé et le lunaire ténébreux. Le Niçois et l’Allemand. Vincent Peirani et Michael Wollny avaient beau s’être apprivoisés sur Thrill Box, avec la contrebasse de Michel Benita en arbitre et les renforts ponctuels de Michel Portal et Émile Parisien, le tête-à-tête n’était pas gagné d’avance.

Quel duo somptueux à l’arrivée ! Boléro, tango, adagio… De Björk à Samuel Barber, en passant par la folk minimaliste de Sufjan Stevens et les envolées argentines de Tomàs Gubitsch, le répertoire des deux virtuoses alpague dans l’ontologie du jazz tout ce qui lui est à-priori étranger. Et lorsque survient, dans les ultimes échappées, la seule et unique reprise-maison de l’album, (Vignette, de Gary Peacock), la note bleue n’en est que plus torrentielle, ruisselant de toutes les cascades qui l’ont précédée.

À l’accordéon, Vincent Peirani déploie encore une fois une richesse chromatique stupéfiante. Ce groove inquiet et atmosphérique, ce frémissement de chaque instant ou encore cette mélancolie qui imprègne les ballades dont il a le secret (Did You Say Rotenberg ?) relèvent de sortilèges dont l’hybridation avec les claviers de Michael Wollny décuple les effets.

À vrai dire, le pianiste allemand s’impose comme la grande révélation du disque. Aussi à l’aise dans la volupté romantique que dans une dissonance toute ludique, excellant pareillement dans la délicatesse et la retenue, il n’hésite pas non plus à jouer avec les cordes de son instrument et à en renforcer les tonalités percussives. Du très grand art, sublimé notamment dans Sirènes, l’une des très belles compos de Michael Wollny sur cet album.

Tandem d’exception, vraiment… De l’entrelacement plutôt que de l’entre-soi. Une complicité flagrante, également, et un amour infini de la belle musique, qu’elle soit savante ou populaire. De quoi tutoyer la grâce et faire de ce disque de Vincent Peirani et Michael Wollny l’une des réussites jazzistiques majeures de l’an 2016.

Tandem, Vincent Peirani & Michael Wollny (Label Act)




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