Petit Pays

Petit Pays , petit Goncourt ? En évitant finalement de couronner le rappeur franco-rwandais Gaël Faye, le jury patchwork du prestigieux prix littéraire (Régis Debray voisinant désormais avec Virginie Despentes, reflux gastriques garantis…) s’est heureusement préservé un minimum de crédibilité.

Surtout au souvenir du positionnement d’un autre membre de ce jury, Pierre Assouline, en rage lorsque le Nobel de littérature était allé à Bob Dylan. Consacrer, dés lors, un primo-romancier slammeur aurait fait un peu désordre.

Comment apprécier, pour le reste, les souvenirs fondants du gentil Gaël? Douceur et malice de l’écriture. Sens du picaresque. Tendresse constante à peine aiguisée vers une certaine nervosité quand les événements deviennent vraiment dramatiques. Petit Pays, à vrai dire, n’est pas dénué de certaines qualités. Né au Burundi avant que le Rwanda voisin ne tombe dans l’abîme, l’auteur convoque une mémoire enfantine souvent attachante.

Notamment quand Gabriel, 10 ans, fils d’expatrié français et de mère rwandaise, cherche à comprendre les racines du conflit entre Tutsis et Rwandais : « -Ils n’ont pas la même langue ? -Si, ils parlent la même langue. -Alors, ils n’ont pas le même dieu ? -Si, ils ont le même dieu. -Alors pourquoi se font-ils la guerre ? -Parce qu’ils n’ont pas le même nez. » C’est joli à lire, mais sur le même sujet, Jean Hatzfeld a signé autrefois des pages tellement puis puissantes… À côté, Gaël Faye, c’est de la bulle.

Petit Pays, Gaël Faye, Grasset




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