Le Goncourt pour Chanson Douce

Comment ne pas être happé d’entrée de jeu par cette Chanson Douce dont Leïla Slimani tisse cliniquement les sanglants bémols ? Deux bobos, une nounou. Ils sont blindés de bonne conscience, elle pullule de failles. Jusqu’à l’infanticide, constaté dés le premier chapitre avant le retour en arrière qui donne corps à ce roman particulièrement vénéneux.

Tout l’art du récit consiste, justement, à confronter ce prologue macabre à l’idyllique chronique qui suit. Celle d’une nounou parfaite, Louise. Et de ses patrons non moins parfaits, Myriam et Paul. Refusant, certes, d’engager une sans-papiers pour choyer leur précieuse progéniture, ce jeune couple est prêt à toutes les bienveillances envers leur employée. Même lorsqu’elle se met à avoir un comportement de plus en plus troublant et invasif…

Leïla Slimani ausculte avec tact les rapports de domination, l’hypocrisie sociale et la remontée d’urticaire d’une lutte des classes qui ne veut pas dire son nom. Des thématiques qu’elle cisèle sans la moindre lourdeur, au gré d’une écriture et surtout d’une construction qui en faisaient indiscutablement la plus goncourable des quatre derniers postulants au prestigieux prix littéraire. Un regrettable aplat rythmique, dans le dernier quart du récit, nous empêche cependant d’adhérer complètement au propos. N’est pas Simenon ou Chabrol qui veut, même si la patte y est.

Chanson Douce, Leïla Slimani,  Gallimard, prix Goncourt 2016.




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