Riddles

Tout en nuances pianissimo mais avec cet art joyeux de la mélodie entêtante qui vous ensoleille un automne, Ray Lema et Laurent de Wilde accordent leurs violons dans Riddles. Ou plutôt leurs claviers. On y  reconnait d’emblée ce jazz que l’on aime tant, métissé et dansant, sans esbroufe mais obstinément fignolé dans l’alchimie qui bourlingue tout au long de l’album.

Des bourlingueurs, justement… Ainsi se définissent les deux musiciens. Le premier, signe du destin, est né dans un train. Son groove, il l’a mijoté partout, de Kinshasa à Paris (où Jean-François Bizot a produit son premier album…), allant jusqu’à s’entourer, parfois, d’un orchestre de chambre suédois ou de chanteuses bulgares.

Le second, lui aussi, a toujours évité le surplace. Normalien et musicien, acoustique et électro, passant d’un univers à l’autre. Y compris à l’écrit, de la fameuse bio de Monk à ces Fous du Son qui ont marié musique et électricité… Laurent de Wilde bourlingue même à TSFJAZZ, désormais, où il anime une émission-phare.

Il ne suffit pas de bourlinguer, pourtant… « Pour que la roue tourne, il faut savoir regarder l’autre. Les gens n’ont pas l’habitude de jouer la musique en regardant l’autre », lâche Ray Lema dans le making-of de l’album mis en ligne sur YouTube.

Ce regard, il s’entend. Dans la tendresse. Dans l’épure. Dans la délicatesse. 88 touches et pas une note de trop avec, en renfort, cette conviction que l’Afrique a partie liée avec le jazz, comme le suggérait déjà le rythme langoureux d’un piano camouflé balafon dans Over The Clouds, autre grand disque de Laurent de Wilde. Au langage commun se superpose ainsi une sensibilité partagée. Les mêmes larmes à la mort de Prince (Around the world in a day), la même vitalité à orienter vers une seule direction « deux carrioles pleines de notes et de bémols » -dixit Laurent de Wilde- où viennent se fondre des effluves de tango, de Jamaïque et de Congo Square.

En-dehors de l’hommage à Prince, toutes les compos portent une double signature, sauf le virtuose Matongué dans lequel Ray Lema invite un certain Jean-Sébastien-Bach, ainsi que Liane et Banian, imprégné d’une douceur lyrique dont Laurent de Wilde reste l’éternel ambassadeur.

Riddles, Ray Lema & Laurent de Wilde (Gazebo). Les deux musiciens seront les rédacteurs en chefs d’un jour, sur TSFJAZZ, ce mardi 8 novembre.




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