Hearing

Au Théâtre de la Bastille, où nous l’avons tant de fois applaudi, on se sent pour la première fois un peu ailleurs face à l’univers si particulier du metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani. Ce qui taraude Hearing, sa toute dernière création, a pourtant tout pour nous fasciner : le sentiment de culpabilité, la condition féminine, la toute puissance des normes sociales lorsqu’elles prétendent verrouiller une individualité… Autant de thématiques qui, chez Koohestani, parlent autant à son pays qu’à nos sociétés contemporaines, bien au-delà de l’Iran.

Certes, à Téhéran sans doute plus qu’ailleurs, on ne plaisante pas avec ce qui peut se tramer, la nuit, dans un dortoir universitaire de filles. La présence d’un homme dans une chambre d’étudiante, sa voix et son rire entendus par une autre occupante du dortoir, deviennent ainsi le point de départ d’un interrogatoire en règle. Il y a celle qui est dénoncée, Neda, et celle qui dénonce, Samaneh, ou plutôt qui renonce, questionnée sans relâche par l’étudiante la plus âgée en charge du dortoir, à disculper sa camarade devant un conseil de discipline. Lâcheté aux funestes conséquences…

On le mesure avec l’apparition d’un quatrième personnage qui n’est autre que Samaneh, devenue adulte, et dont la mémoire n’en finit plus de vaciller au souvenir des rumeurs de cette fameuse nuit lorsqu’elle était adolescente. Qui était cet homme dans le dortoir ? S’est-il vraiment couvert d’un tchador pour y pénétrer sans se faire remarquer ?

Le metteur en scène joue avec les temporalités et les reprises de thème (des bouts de phrases reviennent, mais pas de la même manière…), ciselant des labyrinthes dont il a le secret mais qui prennent parfois, ici, une tournure alambiquée. Peut-être faut-il aussi admettre qu’on a du mal à se passionner pour ces péripéties d’internat qu’une partie du public ponctue de gros éclats de rire alors même que l’humour ne nous a jamais semblé être la carte maîtresse d’Amir Reza Koohestani.

C’est tout autre chose, chez lui, qui jusqu’à présent nous envoûtait et nous tétanisait dans le même mouvement: la douleur de l’exil, les chagrins amoureux, l’oratorio des voix s’absorbant les unes aux autres dans la somptueuse magie de la langue farsi. Tout cela manque à l’appel dans Hearing, même si on y retrouve cette dramaturgie à mains nues qui tend, malheureusement, à verser dans un trop-plein de minimalisme, le recours à la vidéo compensant laborieusement la nudité du plateau.

Hearing, Amir Reza Koohestani . Au Théâtre de la Bastille, à Paris, jusqu’au 19 octobre, dans le cadre du festival d’Automne.






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