La fille inconnue

« Un bon médecin est plus fort que ses émotions », peut-on entendre dans La Fille Inconnue. On aurait aimé que Jean-Pierre et  Luc Dardenne ne reprennent pas cette maxime à leur compte dans la profession de foi qui les anime en tant que cinéastes. Face à ce thriller médical, hélas, le spectateur a la fâcheuse impression de se retrouver constamment en salle d’attente.

Rongée par la culpabilité, une jeune doctoresse cherche à savoir qui était cette jeune Africaine à qui elle a refusé d’ouvrir sa porte, un soir où l’heure des consultations était largement dépassée, et dont le corps sans vie a été retrouvé le lendemain sur une berge. La résolution de l’énigme n’est pas tant ce qui intéresse les deux frangins belges. Leur curiosité -leur stéthoscope, pourrait-on dire- est d’avantage orientée vers la pratique professionnelle de cette jeune femme joliment campée par Adèle Haenel, même si on est un peu nostalgique de l’intensité de jeu de Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit.

Le film, comme souvent chez les Dardenne, donne à voir des strates de population bien rares sur nos écrans. Prendre le temps de les écouter, c’est déjà commencer à les soigner. Tout comme offrir une sépulture décente à une malheureuse sans-papiers, c’est déjà lui redonner une individualité qui lui a été niée comme son corps a été asservi. Trop froid, trop distancié et surtout trop mou, le traitement que les deux cinéastes appliquent à ces belles intentions les réduisent malheureusement à des vœux pieux.

La Fille inconnue, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, sélection officielle au festival de Cannes 2016. (Le film est sorti mercredi)




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