Juste la fin du monde

Collision des tempos, des climats… Ce long repas de famille qui file à une vitesse éclair et cette canicule filmée à l’état glaciaire, c’est du Xavier Dolan pur jus, avec toujours cet art de consumer l’écran qui irrigue l’un des imaginaires cinématographiques les plus scotchants de notre époque.

Collision, déjà, par rapport à Mommy. Même si le film prenait, au final, les accents d’une « tornade bergmanienne », l’assomption baroque et la veine pop y étaient dominantes. Ici, au contraire, c’est l’âpreté qui règne avec des teintes aussi sombres que dans Tom à la ferme et des gros plans au plus près du moindre battement de cil pour raconter le retour de Louis, jeune écrivain à succès venu annoncer aux siens sa mort prochaine.

Mais il y a collision et collision. Dans la pièce dont s’inspire Dolan et qui est signée Jean-Luc Lagarce, emporté par le sida à 38 ans, Louis est comme un chien dans un jeu de quilles. Sauf que c’est un chien qui n’aboie pas. Seuls ses regards et ses silences aimantent un malaise ambiant insidieusement moisi, dés lors qu’on s’échappe de la norme, dans le non-dit et son frère jumeau, le qu’en-dira-t-on.

Ce type de situation propre à Lagarce a souvent bénéficié, sur scène, d’une tonalité mezzo voce. Xavier Dolan, lui, fonce dans le tas. Fidèle à son tempérament expressif, il agit d’abord en sismographe de l’émotion pure. Dans cette optique, la mère foldingue, la frangine vindicative, le frère brutal ou encore la belle-sœur pas si demeurée qu’elle en a l’air sont d’abord des variations sur l’échelle de Richter. Ces variations d’intensité, ces mots qui galopent, se dérobent, tentent de se rattraper au vol, la mise en scène se les approprie avec une virtuosité stupéfiante.

Jusqu’à transcender l’ultime collision : d’un côté, un univers personnel désormais bien balisé; de l’autre, le bon vieux star-system à la française. Alchimie miraculeuse avec, en renfort, toute la douceur et l’intériorité de Gaspard Ulliel dans la peau de Louis. Seule Léa Seydoux paraît, parfois, en difficulté. Pas une fausse note, en revanche, chez ses partenaires dont Dolan capture à la fois la vulnérabilité (magnifique Marion Cotillard…) et la traçabilité. Nathalie Baye jouait déjà une mère dans Laurence Anyways, et le fantôme de La Haine hante étrangement le jeu de Vincent Cassel… De quoi donner à ce huis clos maladif tous les amplifications requises pour nous clouer sur place.

Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, Grand Prix du Jury à Cannes. Sortie en salles ce 21 septembre. Coup de projecteur, le même jour, sur TSFJAZZ (13h30) avec Gaspard Ulliel.




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