Ça ira (1) Fin de Louis

Sur l’autel de la Révolution Française, Joël Pommerat a gagné un supplément d’aura dont la démonétisation parait, hélas, de plus en plus hypothétique. Le créateur de Au Monde et Les Marchands est devenu intouchable. Il peut d’autant mieux s’offrir le luxe de l’abstinence médiatique qu’il se sait parfaitement en vogue, exportable à volonté, façade d’un théâtre de l’envoûtement aux vagues prétentions socio-politiques qui le rattacherait, selon ses thuriféraires, à un Robert Lepage ou à un Wajdi Mouawad quand il n’en est que la pâle copie.

Posture et imposture, encore une fois, que ce Ça ira (1) Fin de Louis repris ces jours-ci aux Amandiers de Nanterre après avoir triomphé aux Molières. Recréant les États Généraux et l’Assemblée Nationale de l’an 89, Pommerat entend faire vibrer en nous la corde citoyenne. Ses comédiens s’égosillent sur scène , mais aussi dans la salle, au milieu des spectateurs. Robert Hossein faisait déjà le même pari, il y a plus d’un quart de siècle, dans Danton, Robespierre.

Ceci étant, chez Hossein, les acteurs portaient la perruque, ce qui leur donnait plus de prestance. Rien de tel chez Pommerat. Ses élus du peuple n’ont même plus la notoriété que l’Histoire leur a finalement conférée, quels qu’aient été leurs choix, puisque notre nouveau sans-culotte des plateaux a viré de son générique Mirabeau, Robespierre et autres Girondins… Seuls Louis XVI et Marie-Antoinette sont nommément représentés. Pour le reste, on reconnaîtra sans trop de difficulté Necker dans l’allure si intègre de ce Premier ministre qui ne jure que par la dette du Royaume sans jamais expliquer ses origines et dont le profil de spéculateur -voir le dernier roman d’Éric Vuillard- est soigneusement gommé.

On percevra tout aussi aisément l’ombre des futurs Montagnards (la pièce s’arrête en 1791) dans la logorrhée hargneuse et vengeresse de la députée Lefranc. Pour le reste, la pièce apparaît surtout comme une resucée formatée bobos de Si Versailles m’était conté. Le peuple y est présenté sous des atours souvent menaçants, exceptée une seule scène, à la toute fin du spectacle, où le regard parait soudainement moins caricatural. Il aura fallu se farcir, auparavant, 4h30 d’une interminable AG façon Nuit Debout entrecoupée de parenthèses saugrenues. L’ouverture des Etats Généraux commentée par une journaliste espagnole, par exemple. Ou encore le « bon » Louis XVI qui fend la foule sur l’air de The Final Countdown, du groupe Europe, comme dans un meeting électoral.

Tout cela devient très vite invasif, répétitif et quelque peu naïf dans la façon d’actualiser l’épopée révolutionnaire en la transformant en débat politique télévisé. À vrai dire, c’est surtout le manque de conscience, de finesse et de réflexion politique originale qui irrite le plus. Les héros de l’an 89 méritaient mieux que ces gesticulations factices.

Ça ira (1) Fin de Louis, Joël Pommerat, reprise aux Amandiers de Nanterre jusqu’au 25 septembre




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