Divines

On aurait tant aimé l’adorer, ce premier film de Houda Benyamina… La niaque et l’authenticité de cette jeune réalisatrice avaient tout emporté, il y a quelques mois, sur TSFJAZZ, lors d’un Lundi du Duc consacré à Spike Lee dont elle était l’une des invitées.

Houda Benyamina était alors venue nous présenter son association, 1000 visages, et son combat pour que la diversité soit véritablement présente dans les arts cinématographiques et audiovisuels de masse. Quel bonheur que de la voir, ensuite, décrocher la Caméra d’Or à Cannes pour son premier film… Divines, hélas, perd rapidement de sa substance dans les tourbillons d’énergie et de vivacité ostentatoire que déploie sa mise en scène.

Deux miss en mouvement, donc… Une beur, une black. La première s’ennuie à l’école, la seconde est tenue en laisse par son père qui anime la mosquée du coin dans une cité où seul le trafic de stups mène à la fortune. Une dealeuse en chef prend les deux filles sous son aile. Elle est assez brutale mais lorsqu’on suit bien ses ordres, elle n’hésite pas à féliciter ses subordonnées en lâchant « Toi, t’as du clitoris ! ». À Cannes, ils se sont tous enflammés avec cette réplique.

En vérité, Divines reproduit tous les clichés du « film de cité ». Les inverser sur un versant féminin ne les fait pas pour autant disparaître, à l’instar des écueils que Céline Sciamma avait déjà rencontrés avec Bande de filles. La romance avec un danseur que la réalisatrice s’amuse à érotiser comme bien des cinéastes hommes se plaisent à érotiser des jeunes actrices ne suffit pas à affiner le propos.

On n’est guère plus convaincu par le contraste des physionomies façon Laurel et Hardy (la jeune rebeu svelte et passionnée, sa copine black enrobée et compatissante…) que tente Houda Benyamina. Au sentiment de déjà vu succède une impression de bâclage, enfin, dans les dernières minutes du film, lourdement dramatisées.

Divines, Houda Benyamina, Caméra d’or à Cannes (le film est sorti ce mercredi)




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