Nocturama

Naïf ou indécent, le nouveau Bonello ? Les deux, s’afflige-t-on au vu de ce récit ampoulé qui plaque sur nos traumas post-attentats ce qui se voudrait la grande ode insurrectionnelle de l’ère Hollande.

Ce collapse ne passe pas, malgré toutes les précautions du réalisateur. Affirmer que le film a été pensé avant Charlie et le Bataclan (seul le titre a changé. Au départ, c’était Paris est une fête, d’après Hemingway…) ne peut constituer, à cet égard, un argument valable. Sauf à considérer qu’un film existe en dehors de ses spectateurs. Leur faut-il hiberner en eux-mêmes pour apprécier l’œuvre, laissant au vestiaire l’esprit du moment et le vécu citoyen ? Au-delà même du propos, cet appel à un spectateur « tronqué » dans l’espace-temps s’avère infiniment problématique.

Tout comme les pointillés, les non-dits et les hors-champs d’un scénario autiste. Voilà donc une bande de jeunes gens voulant tout faire péter à Paris. Ils sont jeunes, ils sont beaux, et c’est sur l’air d’Amicalement Votre qu’ils vont atteindre le statut de martyr. Mais attention hein, ce ne sont pas des méchants Musulmans type Daech ! Même si certains sont plus typés que d’autres, Bonello prend soin de les identifier comme venant de milieux différents. Quant à leurs méfaits supposés… La tour d’un grand groupe à La Défense, le ministère de l’Intérieur, le dirigeant d’une banque médiatisée, la statue de Jeanne d’Arc… Peccadille, au regard d’horreurs plus récentes !

On l’aura compris, Nocturama, c’est juste Nuit Debout qui aurait succombé à un méchant coup d’adrénaline. Deux démarches aux antipodes l’une de l’autre (la parole libérée contre la science des explosifs…) coagulent ainsi dans un romantisme couillon et infantile. Planqués dans un grand magasin, nos jeunots éteignent la télé dés qu’il est question d’éventuelles victimes suite à leurs actes. Une tour éventrée, c’est sûr que ça doit causer plus que quelques légers bobos….

On devine en même temps qu’en face, le film étant situé à l’époque de Manuel Valls, on ne les considère pas franchement comme des enfants de choeur vu le destin que leur réserve le GIGN. Qu’importe ! Bonello s’acharne, tout en délaissant leurs motivations, à ne jamais dissiper le pouvoir d’empathie de ces personnages, jusqu’à convoquer, lors d’une apparition édifiante, Adèle Haenel et son « ça devait bien finir par péter ».

« Ça devait bien finir par péter »… Nous la connaissons par cœur, cette rhétorique. À un tel niveau d’inconscience, il faut juste passer son tour lorsqu’il s’agit de causer mise en scène. Le réalisateur de L’Apollonide, souvenirs d’une maison close n’a plus grand chose à prouver en la matière. On a juste envie de lui dire que la maîtrise formelle, si impressionnante soit-elle, n’autorise pas tout.

Nocturama, Bertrand Bonello (Sortie le 31 août)




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