Rester vertical

De quel « rehaussement » Rester vertical est il le nom ? Ceux qui connaissent leur Guiraudie par cœur s’empresseront d’accorder à cet impératif une connotation sexuelle ou politique, voire même les deux à la fois au regard d’un cinéaste qui cite volontiers Fassbinder. Il reste que devant une œuvre aussi décoiffante, on pense à une autre horizontalité, celle d’un cinéma français vautré dans l’aplat et qui gagnerait beaucoup à « rester vertical » en termes d’audaces narratives plutôt que de s’étirer dans l’amorphe et l’aseptisé comme c’est de plus en plus souvent le cas.

Rester Vertical, heureusement, ne manque pas de relief. À commencer par celui de ces Causses embrumées où vadrouille un scénariste désabusé (Damien Bonnard) mais prêt aux grands écarts. Après avoir tenté de séduire un jeune rebelle rêvant d’Australie, le voilà qui emménage avec une paysanne aux formes appétissantes (India Hair) qui lui fait un enfant pour aussitôt s’en séparer.

La vadrouille devient alors errance. Aussi à l’aise avec un bébé que Nicolas Cage dans Arizona Junior, notre parent isolé s’offre des rencontres de plus en plus étranges, jusqu’à ce papy mal-aimé fan des Pink Floyd qu’il va sodomiser et euthanasier dans le même élan.

Élan. Le mot-clé. La raison d’être, la raison de vivre dans un monde où tout semble décrépir, sauf le désir. Alain Guiraudie bouscule tout, y compris la frontière homo/hétéro dont il assurait encore l’étanchéité dans le virtuose Inconnu du Lac. Cette circularité des libidos et des sentiments, la mise en scène la déploie, si on peut dire, à pas de loup, ce loup réel dont l’ombre plane sur le film jusqu’à la scène finale, fantastique dans son mélange de poésie et de panthéisme.

Seul bémol, le trop-plein de directions qu’emprunte parfois le récit. Le diptyque Eros & Thanatos, le bébé, le loup et les Pink Floyd, cela suffisait largement. En revanche, les galères financières du scénariste en panne d’inspiration plaquent sur ce film follement libre un vernis socio-politique beaucoup moins détonnant que le reste.

Rester Vertical, Alain Guiraudie, Sélection officielle au festival de Cannes, Sortie le 24 août



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