Oraison n’est pas toujours raison (surtout un 2 juillet…)

Nous aurions donc perdu, tour à tour, un parangon de la « vraie » gauche, un « messager de l’humanité » et un joyau de la cinéphilie mondiale. Maurice G.Dantec, le plus souvent réduit, il y a une semaine, à des notices cinglantes sur ses extravagances politiques, et cela sans la moindre considération pour une œuvre qui aura perforé de toutes parts le paysage romanesque hexagonal, aura eu moins de chance, post-mortem, que Michel Rocard, Elie Wiesel et Michael Cimino.

Inutile de courber la barre dans l’autre sens. On peut convenir, avec ceux qui le regrettent tant aujourd’hui, que Michel Rocard aura incarné une certaine idée de l’intégrité en politique. Une certaine idée du « dialogue social », également, comme s’en souviennent encore les infirmières en manif contre lesquelles le Premier ministre de l’époque, en 1991, envoya… des canons à eau ! Pour le reste, il faut bien avouer que cette pensée habitée d’une haute idée d’elle-même avait surtout su noyer les accommodements avec le système sous une logorrhée perchée, convulsive et peu conforme, en fin de compte, avec ce que l’action politique doit générer en termes de proximité et d’empathie citoyenne.

On trouvera aisément des raisons d’admirer Elie Wiesel. Pas tant pour son rendu de l’univers concentrationnaire éclipsé, à juste titre, par l’écriture d’un Primo Levi ou d’un Imre Kertesz, que pour sa ténacité à défendre la renaissance d’une culture juive dans le glacis soviétique. Elie Wiesel, c’est d’abord Les Juifs du Silence et Le Testament d’un poète juif assassiné. Ce fut aussi, hélas, un Nobel de la Paix qui épousa les guerres de George W.Bush. Puis celles de Benyamin Netanyahu.

Il y aurait tant à redire, enfin, sur cette auréole de « génie maudit » du cinéma américain dont Michael Cimino, de son vivant, avait fait son étendard. Sans doute peut-on considérer que lorsqu’on a signé une œuvre comme Voyage au bout de l’enfer, on peut se permettre de rater tout le reste. Cimino témoigna en la matière d’une abnégation remarquable, à commencer par ce « grand film malade » que fut La Porte du Paradis. La suite fut bien plus problématique encore, de l’antipathique Année du Dragon à ce nanar du siècle que fut Le Sicilien dont son acteur principal, Christophe Lambert, ne devait jamais se relever.

La complaisance hagiographique est un bien mauvais service rendu à ses trépassés du 2 juillet. En occultant leurs impasses, elle amoindrit leurs lueurs. Oraison n’est pas toujours raison, effectivement…

Michel Rocard (23 août 1930)

Elie Wiesel ( 30 septembre 1928)

Michael Cimino (3 février 1939)





Les commentaires sont fermés.