L’Effet aquatique

Dans l’ordre de ce qui n’est jamais montré, ou presque, sur grand écran, on est forcément ravi de se voir ouvrir les portes de la piscine municipale Maurice Thorez de Montreuil, en Seine-St-Denis. C’est là, dans cet îlot de banlieue rouge symbole d’une France invisible mais pas forcément disparue, qu’un conducteur de grue timide et maladroit s’éprend d’une maître-nageuse qui ne s’en laisse pas conter face aux dragueurs à la petite semaine.

Samir Guesmi est irrésistible dans la peau de cet amoureux transi prêt à enfiler un ridicule maillot de bain orange à palmiers pour prendre quelques leçons de brasse auprès de la dulcinée de son cœur. En vérité, il sait parfaitement nager, notre grutier un peu lunaire, et lorsque la miss (Florence Loiret-Caille, tout en niaque et en authenticité…) comprend le subterfuge, le ton monte, inévitablement…

Aucune dramatisation outrancière, heureusement, dans les eaux chlorées de cette comédie douce-amère que sa réalisatrice, Sólveig Anspach, décédée l’an passé, n’a malheureusement pas pu défendre lorsque le film a été présenté, en mai, dans une section parallèle à Cannes. À la lumière d’un destin tragique, l’utopie poétique qui s’en dégage prend d’autant plus de relief, au gré de personnages chaleureux et picaresques.

La 2e partie du film prolonge cette utopie aquatique, notamment lorsque dans un congrès de maîtres-nageurs réunis en Islande, Samir Guesmi se fait passer pour un délégué israélien et plaide pour la construction d’une piscine de la réconciliation avec les Palestiniens. On aurait aimé que ce mariage entre romantisme et burlesque fonctionne avec plus de constance. L’Effet aquatique regorge, cependant, de séquences ciselées avec grâce et sensibilité.

L’Effet aquatique, Sólveig Anspach (le film est sorti mercredi dernier)




Les commentaires sont fermés.