Toni Erdmann

Mon père, ce héros… Tel est le constat auquel une jeune cadre expatriée en Roumanie finit par consentir après 2h45 de singeries en tout genre de la part de son géniteur. Toni Erdmann, de l’Allemande Maren Ade, a fait chavirer la Croisette (à l’exception du jury) au printemps dernier. Effectivement, le naufrage est au rendez-vous.

Car tout est laid, gris et saugrenu dans cette pochade mystifiante qui déploie au marteau piqueur son arsenal de bons sentiments et de clichés contre les œillères supposées du capitalisme mondialisé. Un père baba cool et pas très présentable (Peter Simonischek), une fille glaciale (Sandra Hüller) qui déprime en restructurant à tout va… Il s’incruste dans son milieu de killers en se faisant passer pour un consultant fantasque (perruque, faux dentier et lunettes noires). Va-t-elle, fort logiquement, s’en débarrasser manu militari ? Évidemment que non, ou alors il n’y aurait plus de film !

C’est bien là l’artifice que le spectateur est sommé d’accepter : le père encombre, mais il remplit en même temps un vide, et si la fille entre peu à peu dans son jeu, c’est pour mieux émerger des « eaux glacées du calcul égoïste » dans lesquelles elle était en train de se noyer. Maren Ade, hélas, ne parvient à crédibiliser ce jeu de rôles qu’au travers de saynètes écrites au gros feutre, à l’instar de cette séquence karaoké autour d’une chanson de Whitney Houston censée nous faire fondre en larmes alors qu’elle vient surtout parachever un total manque de finesse.

Mise en scène inexistante, ou presque. Le spectateur a également droit à une longue soirée de mise à nu, dans tous les sens du terme, ainsi qu’à une séquence carrément blasphématoire pour tous ceux qui raffolent des petits fours…

Toni Erdmann, Maren Ade, en compétition au dernier festival de Cannes (Sortie en salles ce 17 août)




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