Tout de suite maintenant

Qu’en est-il de cette capitulation quasi-permanente ? Je veux parler, bien sûr, de ce qui est désormais la raison d’être du cinéma français… Un cinéma qui ronronne dans son hexagone, qui végète, qui ressasse. Un cinéma qui prétend parler de tout à la fois et ne parle de rien. Scénarios convenus, émotions avariées, personnages artificiels, stars déclinantes… L’audace et la transcendance ont fui les écrans. Même la triade magique (Kechiche, Dumont, Desplechin...) est sur le déclin. Ne restent plus que l’esprit petit-bourgeois et l’odeur de naphtaline, à l’instar du nouveau film de Pascal Bonitzer.

Il est question, ici, de haute finance, avec son cortège pléonastique d’affairistes cyniques et malhonnêtes. De filiations tourmentées, également… Une trentenaire qui en veut (Agathe Bonitzer, emmurée dans le cliché de la jeune carriériste au regard ténébreux…) séduit ses supérieurs jusqu’au moment où elle découvre qu’ils ont joué, autrefois, un bien vilain tour à son malheureux père désormais hermétique à toute sérénité familiale.

D’un intérieur à l’autre, la mise en scène ne semble viser que l’élégance formelle avant de s’autoriser un impromptu balnéaire caméra à l’épaule. Agathe Bonitzer et Vincent Lacoste s’insultent et s’embrassent soudainement. Il parait que les histoires d’amour commencent toujours ça… Car on l’aura compris, Tout de suite maintenant se veut aussi une « ode à la jeunesse » dont seuls s’enorgueillissent des réalisateurs qui ont pris de la bouteille. En même temps, je ne me souviens d’aucune « ode à la jeunesse » particulière dans les films d’Éric Rohmer.

Le summum de la Qualité France, donc… Hier, c’est Catherine Deneuve qui en était la marraine. Aujourd’hui, c’est Isabelle Huppert, au risque de la saturation. Cinq films en deux ans ! Ce qui est un peu nouveau, c’est qu’on la voit pour la première fois larmoyer dans une séquence pas très convaincante avec Jean-Pierre Bacri dont elle joue l’ancienne amoureuse. Bacri qui continue à faire du Bacri. Dépressif, acariâtre… Un simple et mécanique froncement de sourcil lui suffit à résumer l’impasse ontologique dans laquelle se trouve la cinématographie de son pays.

Tout de suite maintenant, Pascal Bonitzer (Sortie en salles ce mercredi)




Les commentaires sont fermés.