Ils sont partout

En 1989, il est Halpern dans Un Monde sans pitié. Compagnon d’infortune d’Hippolyte Girardot, dragouillant vaseusement dans Panam avant de se lâcher dans l’une des (nombreuses) répliques cultes du film d’Éric Rochant: « En ce moment, les nanas, elles délirent, elles supportent plus les branleurs. Faudrait tous qu’on devienne des youppies, putain ! ». La dérision incarnée. Et générationnelle.

En 1991, il est Bruno dans Aux Yeux du monde. Pour aller rejoindre sa copine, et toujours sous la direction d’Éric Rochant, il pète les plombs jusqu’à prendre un bus scolaire en otage. Son jeu est tour à tour renfrogné et romantique. « Je vais tous leur foutre les boules, je les nique tous ! »… A l’époque, Le Monde trouve à l’acteur une vague réminiscence avec Robert De Niro à ses débuts.

En 1994, il est Ariel dans Les Patriotes. À la fois implacable et humain. Figé de silences et de solitude dans les coulisses du Mossad, surnageant entre leurres et manipulations au gré d’une mise en scène dilatée et hypnotique signée devinez qui? Éric Rochant ! L’un des rares films, au passage, à tenir sur le Proche-Orient un discours construit, sans caricature ni parti pris attendu, que ce soit pour un camp ou pour un autre.

Voilà donc ce qu’était Yvan Attal dans une vie antérieure. Un type bien, fin, poignant et irrésistible. Tout ce qu’il n’est plus dans les sketches à deux centimes de ce Ils sont partout où il est nulle part, incapable de trancher entre esprit de sérieux et artillerie lourde. Sur le fond, il est curieux de prétendre démonter les clichés antisémites contemporains sans jamais aborder le contexte proche-oriental actuel. Pour le reste, à quoi ressemblent ces confessions intercalées du réalisateur-acteur chez un psy visiblement aussi accablé que le spectateur ? Attal y déverse ses inquiétudes sur la persistance de l’antisémitisme comme s’il s’exprimait à On n’est pas couché.

Sa compagne n’est guère mieux épargnée dans la peau d’une banlieusarde vulgaire qui ne supporte pas que son mari soit un Juif pauvre. C’est toutefois à Gilles Lelouche qu’échoit la palme du grotesque dans le rôle d’un sous OSS-117 renvoyé dans le passé pour tuer Jésus. Yvan Attal, hélas, n’est ni Woody Allen, ni les Monty Python. Juste le souvenir décoté de sa période Rochant, du temps où sa sensibilité gorgée de bagout et d’intensité prenait magistralement le dessus sur un ego hypertrophié.

Ils sont partout, Yvan Attal (Le film est sorti mercredi)




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