Julieta

« Un film d’Almodovar », peut-on lire au générique de fin… Cette façon auto-iconique de faire disparaître son prénom, façon Godard, situe bien l’outrecuidance de Pedro Almodovar, outre ses explications embarrassées dans l’affaire des « Panama Papers » dont se gargarise la presse espagnole.

Ceci étant, et sur un strict plan cinématographique, il y a bien quelque chose de l’ordre de l’optimisation fiscale dans Julieta. Ayant fait de la catégorie « portraits de femme » sa marque de fabrique, Pedro Almodovar voudrait une fois de plus en encaisser les dividendes jusqu’à ramasser très artificiellement, ici, trois nouvelles distinctes en une sorte de montage offshore dont la sophistication apparente dissimule mal la volonté d’exploiter un filon lucratif.

Le pitch est pourtant banal à pleurer, même si on ne verse pas une seule larme. Une quinquagénaire inconsolable tente de retrouver sa fille qui la tient responsable de la mort de son père lors d’une tempête en mer au large de la Galice. Enrobé au travers d’un long flashback épistolaire, le propos multiplie les clins d’œil à Hitchcock (la gouvernante inquiétante…) et à Bunuel (le passager inquiétant dans le train, le cerf courant dans la neige…), tout en revêtant des atours chatoyants.

L’écrin doré, en réalité, est une coquille vide. Aux antipodes des vertiges et de l’ironie qui irradiaient La piel que habito, Pedro Almodovar nous livre l’un de ses films les plus proprets et sans grâce particulière dans l’interprétation. Ces laudateurs auront beau gloser sur la retenue, la pudeur ou la sérénité marquant l’entrée dans l’âge mûr de l’ex-trublion de la Movida, nous y verrions plutôt le nouveau symptôme d’une filmographie passablement surestimée, jusqu’à ce mélo insipide dont l’affectation délibérée tient lieu de plus-value marchande.

Julieta, Pedro Almodovar, Sélection officielle au festival de Cannes (le film est sorti le 18 mai)




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